Auteur: Naëlle
Mail: naelle[ at ]lartisan.net
Titre: Pour l'amour d'un enfant

 

Bon... hé bien voilà le chapitre 35 de "pour l'amour d'un enfant"... Cette histoire est vraiment très longue, mais j'espère que vous prenez tout de même du plaisir à la lire.

Ce chapitre est long, du fait des nombreux dialogues.

Bonne lecture et bonnes vacances à ceux qui en ont :)

 

 

 

Pour l’amour d’un enfant

(Chapitre 35 : "Ce n'est pas un garçon ordinaire")

 

 

 

- FRAAAAANCK !!!!!

Le jeune homme sursauta en entendant sa sœur l’appeler. Sans réfléchir, il courut vers sa chambre avant d’y entrer.

- Valérie, que se passe-t-il ?
Demanda-t-il précipitamment.

Ses quatre frère et sœurs étaient dans la pièce et son affolement les fit tous rire aux éclats.

- Il n’y rien, répondit la jeune femme. Je veux juste que tu essayes ton costume.

- Mon costume ?
S’étonna Franck.

- Oui, ton costume. Tu ne vas tout de même pas assister au mariage de Matthew en jean.

- Heu…

Sans lui laisser le temps de réfléchir, la jeune femme lui tendit des vêtements afin qu’il aille les essayer. Lorsqu’il revint, quelques minutes plus tard, tous ne purent que souffler un « hooo » admiratif.

Valérie, en bonne professionnelle nota tout de même :

- Le pantalon est un peu long, il faut que je le raccourcisse.

Franck laissa sa sœur faire son travail et ne bougea pas. Cela ne l’empêcha pas de demander :

- Qu’est-ce que ça veut dire ?

- Quoi ?

- Ce costume… j’aurai pu aller m’en acheter un… ou alors en louer.

- C’est possible. Mais j’ai décidé de faire tous nos vêtements pour ce jour. Je voulais aussi faire la robe de Jessica, mais comme nous avons été en froid pendant un moment, sa mère lui a déjà acheté ce qu’il faut.

- …

- Tu aimes ce que je t’ai fait au moins ?
Demanda la jeune femme en relevant les yeux vers son frère.

- Bien sûr, c’est magnifique, lui assura l’étudiant avec un sourire.

Rassuré, la jeune femme termina ce qu’elle faisait avant d’annoncer à son aîné qu’il pouvait retourner se changer.

 

*****

 

Matthew regarda l’adolescente endormie sur son lit. Elle ne lui cachait pas qu’elle souffrait déjà de son absence. Dans dix jours, il serait marié et des sentiments de bonheur et de culpabilité ne cessaient de s’entrechoquer dans son cœur. Il était l’homme le plus heureux du monde à l’idée de vivre avec Julie. Mais en même temps, il ne pouvait s’empêcher de s’en vouloir de laisser sa sœur alors qu’il savait qu’il comptait énormément pour elle.

- Ne t’inquiète pas pour moi, murmura la jeune fille endormie.

Le futur marié eut un sourire et sortit de la chambre. Il allait sortir lorsqu’une voix de rappela.

- Qu’est-ce qu’il y a ?
Demanda-t-il en revenant vers l’homme qui lui avait servit de père depuis de nombreuses années.

- Assieds-toi, dit Michel en s’installant dans un fauteuil du salon.

Matthew l’imita et ne put s’empêcher de demander :

- J’ai fait une bêtise ?

- Non, bien sûr que non. Je voulais juste discuter un peu avec toi. Dis-moi, est-ce que tu es heureux.

- Oui, bien sûr. Pourquoi ?

- Parce que je pense que c’est le rôle de tous pères de s’assurer que ses enfants sont heureux avant leur mariage.

Matthew eut un nouveau sourire. Il savait que l’homme était un peu gêné de faire ce genre de commentaire. Puis, il plongea son regard dans celui de l’homme qui lui faisait face avant de dire :

- Le jour où je suis arrivé ici, j’ai cru que vous ne seriez qu’une autre famille d’accueil comme j’en avais déjà tant connu. Mais plus le temps a passé et plus je me suis attaché à vous. Je vous ai aimé comme je n’avais encore jamais aimé… je ne savais même pas que j’étais capable d’aimer autant… tout comme je ne savais pas non plus qu’un jour, on pourrait m’aimer autant. Je veux que tu saches que même si je ne donne pas ton nom à ma femme, l’homme que Julie va épouser, c’est l’homme qui a suivit ton exemple… et lorsque j’aurai des enfants, les valeurs que je leur inculquerai, ce sont celles que j’ai apprises ici, dans cette maison.

- …

- Et même si un jour, sur un coup de colère je devais te dire que tu n’es pas mon père, je veux que tu sois toujours sûr d’une chose : c’est que je n’ai que mes parents et ma sœur c’est vous trois et personne d’autre.

- … pourquoi me dis-tu tout ça ?

- Parce que je me rends bien compte que depuis l’annonce de mon mariage, à part maman, personne ne sait vraiment comment réagir avec moi. Jessica et toi, vous donnez l’impression qu’en quittant la maison, je vais vous oublier. Alors oui, je suis heureux d’épouser la fille que j’aime. Mais non, je ne suis pas heureux de vous quitter.

Michel eut un sourire et savait que le jeune homme ne lui mentait pas. En effet, comment aurait-il pu ne pas être sincère et mettre autant d’affection ne serait-ce que dans le « maman » qu’il venait de prononcer avec tant d’aisance ?

 

*****

 

Le père de Julie se regarda dans le miroir et eut un sourire satisfait.

- Tu es très séduisant, dit la femme qui partageait sa vie en entrant dans la chambre.

- Merci. C’est qu’il ne faudrait pas que je fasse honte à ma fille chérie, dit l’homme en commençant à enlever son costume.

- C’est sûr. Et n’oublions pas que tu vas revoir la femme de ta vie.

L’homme se contenta de sourire. Son visage exprimant encore tellement d’amour lorsqu’il pensait à son ex-femme que celle qui vivait avec lui depuis des années ne pouvait qu’en souffrir.

- Tu sais, dit soudain le père de Julie.

- Oui, quoi ?

- Je t’aime.

- Et c’est là que je vais entendre un « mais », n’est-ce pas ?

- Non, ce n’est pas un « mais ». C’est juste une nuance. Avec ma femme, nous avons appris la vie. Nous avons appris ce que c’était qu’une famille. Nous avons appris à faire confiance aux autres et à avoir confiance en nous. Nous étions comme des chiots égarés quand nous nous sommes rencontrés…

- C’est à se demander pourquoi vous n’êtes pas restés ensemble, s’énerva la femme.

- Sans doute parce que nous étions trop dépendant l’un de l’autre, dit l’homme sans mentir.

- Bref, comme toujours, tu essayes de me dire que j’ai la troisième place dans ta vie.

- …

La femme se calma et avec un sourire dit :

- Au moins, tu es honnête. C’est déjà beaucoup.

- …

- Allez, je vais travailler. A ce soir.

L’homme la laissa partir sans un mot. Depuis le début, il avait été très clair. Il savait que c’était sans doute cruel pour la femme, mais il n’avait jamais su mentir ; et il disait aussi la vérité lorsqu’il lui disait qu’il l’aimait. Mais cet amour était très différent de ce qu’il éprouvait pour sa fille et la mère de celle-ci.

 

******

 

Romain soupira. Ce soir-là, il n’y avait pas grand monde au restaurant et il commençait à s’ennuyer. Mais alors qu’il regardait la porte en espérant un client potentiel à servir, il eut la surprise de croiser le regard de Marius. Une jeune fille l’accompagnait et vu la ressemblance, le jeune homme en déduisit que c’était sa jumelle.

- Romain ?
Fit l’adolescent, étonné.

- Salut, dit simplement l’étudiant avec un sourire.

- C’est le papa de Rémi ?
Demanda Alizé à l’attention de frère.

- Oui. C’est vrai que tu ne le connais pas.

L’adolescente fixa Romain et lui adressa un timide sourire.

« C’est de famille », songea le jeune homme en reconnaissant le sourire de Franck dans celui de sa sœur.

- Vous n’êtes que tous les deux ?
Demanda finalement Romain en reprenant son rôle de serveur.

- Ha… heu… oui…, répondit Marius.

- Par ici, je vous prie, rajouta le jeune homme.

Tout en s’asseyant, Alizé ne quittait pas Romain des yeux. Elle suivit chacun de ses mouvements jusqu’au moment où elle dû regarder la carte afin de savoir ce qu’elle allait prendre. Mais dès qu’elle eut trouvé, elle reporta son attention sur l’étudiant. Mais celui-ci restait de marbre et ne sembla même pas remarquer qu’il était dévisagé.

Plusieurs minutes plus tard, alors qu’ils mangeaient, Marius demanda à sa sœur :

- Tu le trouves beau ?

Celle-ci releva les yeux vers son frère et bafouilla une réponse incompréhensible que Marius ne sut comment déchiffrer.

Lorsqu’ils sortirent du restaurant, la jeune fille jeta un dernier regard à Romain qui lui sourit. Et quand ils arrivèrent chez eux, le frère et la sœur se séparent avec un rapide « bonne nuit ». Marius allait se déshabiller pour enfiler son pyjama lorsque quelques coups à sa porte l’arrêtèrent.

- Qu’est-ce qu’il y a ?
Demanda-t-il en ouvrant sa porte.

- Il faut que je te parle.

Et sans y être invité, Franck entra dans la chambre de son cadet. Ce dernier était d’ailleurs surpris que se soit son frère qui ait toqué à la porte.

- Je t’écoute, dit-il néanmoins.

- Ce que tu fais ne se fait pas.

- Quoi ?

- Ta sœur, elle n’est pas là pour combler les vides…

- Tu pourrais être plus explicite ? Je suis fatigué, alors les sous-entendus, tu m’excuseras, mais je ne les comprends pas.

Franck s’assit sur le lit et fit signe à son frère de le rejoindre. Puis, il reprit :

- Ecoute, je comprends que tu te sentes seul. Ces derniers temps ont été très durs pour toi et c’est normal que tu sois dans cet état.

- Où veux-tu en venir ?

- Je pense que tu comprends très bien. Depuis que Johnny est parti, tu passes tout ton temps avec Alizé.

- Et alors ? Nous avons toujours été proche. Alors…

- En ce moment, tu te sers d’elle. Ca ne se fait pas. Elle ne mérite pas ça.

- Franck… c’est gentil de ta part pour t’inquiéter pour Alizé, mais je t’assure que je ne sers pas d’elle. C’est vrai que je me sens seul, mais ce n’est pas pour ça que je passe tout mon temps avec elle. Non… si je reste avec elle, c’est parce que durant cette année, nous avons beaucoup été séparés tous les deux. Nous avons vécu chacun notre petite vie et finalement, je me rends compte qu’elle m’a énormément manqué. Alors si un jour nous devons nous quitter, je veux être sûr de ne rien avoir à regretter.

- …

- Mais je te remercie quand même. Ca me fait plaisir de voir que tu reprends ta place dans notre vie, termina l’adolescent avec un sourire.

- J’avais tout faux…, murmura Franck. Je suis désolé.

- Ne le sois pas… après tout, tu as vécu ça toi-même… devoir combler un vide…

Franck ne répondit mais passa sa main dans les cheveux de son frère avant de lui sourire. Puis, sans un mot, il sortit de la chambre. Et lorsqu’il entra dans la sienne, il eut la surprise de retrouver Alizé, assise sur son lit.

- Qu’est-ce qui t’arrive ?
Demanda le jeune homme.

- J’ai rencontré Romain, annonça sa sœur.

- Et ?

- … Marius m’a invité au restaurant et c’est là que ton ami travail…

- …

- Je dois dire qu’il est assez banal quand même !
Rajouta Alizé en regardant son frère.

- Où veux-tu en venir ?

- Ben… je ne sais pas… disons que je m’attendais à ce qu’il ait vraiment quelque chose de… spécial, disons… mais en fait, il est tout à fait banal et normal.

- Excuse-moi, mais je ne comprends pas pourquoi tu me dis ça, dit Franck en s’asseyant sur une chaise, face à l’adolescente.

- Hé bien… disons que je me demande ce que tu lui trouves.

- …

- C’est vrai, quoi. Tu passes un temps fou avec lui. Alors dis-moi ce qu’il a de si exceptionnel.

- Ha, d’accord… Encore et toujours la même question…

- « La même question » ?

- Oui, tout le monde dans cette maison me demande si…

- Hé minute Franck ! Je m’en fous de savoir si tu couches avec ou non !

- Je…

- Moi, ce que je veux comprendre, c’est pourquoi tu l’aimes. Ce qu’il a de si particulier et comment un garçon qui m’a l’air aussi banal a pu te rendre ton sourire.

- …

- Le reste, je ne veux pas le savoir.

- En fait… tout ça, c’est grâce à Rémi.

- Quoi ?

- La première fois que j’ai rencontré Romain, c’était pour préparer un exposé. C’était en première année. Nous étions quatre ou cinq et c’était le seul dans le groupe qui me regardait à peu près normalement. Alors à ce moment là, je me suis dis qu’il devait être vraiment gentil pour ne pas me faire ressentir son dégoût à mon égard. – Franck eut un petit sourire douloureux avant de poursuivre. – Je me suis donc dis que j’avais envie de devenir son ami… Mais à la fin de l’exposé, je n’arrivais pas à me retrouver avec lui pour discuter. Et un soir, à la sortie des cours, je l’ai aperçu. Je me suis donc dirigé vers lui. Mais il était avec deux de ses amis et là, je l’ai clairement entendu se moquer de moi. En fait, en l’espace de deux semaines, il avait réussi à me donner de l’espoir et me blesser profondément.

- … c’est triste, murmura Alizé.

- Mouais… Enfin… j’ai chassé Romain de ma tête pendant plusieurs mois. Quand je le croisais, je le saluais, mais il ne me répondait même. Et pour tout te dire, avec le recul, je pense que ce n’était pas exprès, il ne devait pas m’entendre, tout simplement.

- …

- Et un jour, je me suis retrouvé en vacances dans la ville de Romain. C’est là que j’ai réussi à capter son attention plusieurs secondes d’affilées. Là, j’ai compris qu’il venait de se passer quelque chose dans sa vie.

- Et alors ?
Demanda l’adolescente, ravie d’entendre l’histoire de son frère.

- Alors ? Après m’avoir fait comprendre qu’il ne voulait pas avoir à faire à moi, il a commencé à accepter mon aide. Et moi, j’avais toujours dans l’espoir de devenir ami avec lui.

- Pourquoi ? C’est un peu idiot… après tout, vu ce que tu m’en dis tu n’étais pas très bien traité.

Franck eut un sourire avant de poursuivre :

- Tu sais… quand j’ai commencé à le côtoyer, j’ai eu l’impression de recommencer à vivre. Il… il avait une façon de me parler où je pouvais entendre du dégoût et du mépris, c’est vrai. Mais en même temps, chacune de ses paroles étaient sincères.

- …

- Et puis… quand j’ai commencé à m’occuper de Rémi, j’ai de nouveau eu l’impression de vivre. Quand je m’occupais de lui, que je le changeais, que je lui donnais son biberon, quand je le lavais, que je le faisais dormir… j’avais l’impression d’être utile. J’avais l’impression que quelqu’un avait de nouveau besoin de moi… et surtout, plus le temps passait et plus j’avais besoin de Rémi. Il m’aidait à rythmer ma vie il m’offrait de la stabilité et quand je le serai contre moi, je sentais qu’il m’aimait…

Alizé sentit des larmes poindre au fond de ses yeux. Mais elle les ravala, ne dit rien et attendit.

- Avec Romain, c’était différent. Il était tantôt désagréable tantôt un peu agréable. Et puis finalement, à force de m’imposer chez lui, j’ai senti qu’il commençait à m’accepter.

- …

- Mais pour parler avec un minimum d’objectivité, je dirais que Romain ne s’intéresse qu’à ceux qu’il aime. Sinon, vu de l’extérieur, c’est quelqu’un d’assez froid qui reste poli et gentil mais qui refuse qu’on l’approche.

- … pourquoi ?...

- Je ne sais pas… peut-être parce qu’il est lui-même très exclusif.

- …

- Et pour répondre à ta question : « qu’est-ce qui me plait chez Romain », c’est un tout. Sa façon qu’il a de s’énerver quand il trouve que je fais les choses de travers, la manière qu’il a de me réconforter quand je ne vais pas bien, la tendresse dont il fait preuve quand il s’occupe de Rémi… tout, en fait… bien que j’avoue que je me passerai quand même volontiers de certaines de ses paroles.

- …

- Ca répond à ta question ?

- … je suis déçue…

- Pardon ?

- Je m’attendais quand même à quelque chose de mieux. Bonne nuit Franck, rajouta l’adolescente en se levant et sortant de la chambre.

En quelques secondes, elle fut dans la sienne et ne put s’empêcher de sourire. 

« En fait… c’est un garçon vraiment exceptionnel… », pensa-t-elle en s’installant sur son lit.

 

Fin du trente-cinquième chapitre

A Suivre…

 

Chapitre commencé le 30 avril et terminé le 28 juin 2009

 

Note de fin de chapitre : Je ne sais pas quand arrivera la suite... et je préfère ne rien dire, histoire de ne pas faire de déçu.
Naëlle

 


 

 

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Chapitre 36

 

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