Auteur: Naëlle
Mail: naelle[ at ]lartisan.net
Titre: Pour l'amour d'un enfant

 

Note : Bonjour tout le monde et bonne Saint Valentin aux Amoureux ^_~

Ce chapitre est assez long, mais le temps que j’ai passé à l’écrire… un mois et demi… remarquez, j’ai déjà fait pire.

Il ne se passe pas grand-chose dans ce chapitre, mais il permet de finaliser quelques petites choses. C’est vrai, on ne peut pas passer notre vie à parler de Marius, aussi, même s’il reviendra de temps en temps, ce chapitre permet de fermer une partie de son histoire.
Pareil pour Valérie, elle ne devrait plus prendre beaucoup de place par la suite… à moins bien sûr que vous n’ayez trop de mal à vous passer de ces deux persos.
Ceci étant dit, il faudrait qu’on avance un peu dans l’histoire.

Fan de yaoi, même si cette histoire ne l’est pas, je pense tout de même que les dernières pages avec Franck et Romain devraient vous plaire. Encore de petits moments mignons :D

Bonne lecture.
Naëlle, auteur épuisé, qui n’arrive plus à avancer dans ses écrits…

 

Souvenez-vous :

 

Marius : Frère cadet de Franck, il a été traumatisé en apprenant que son meilleur ami (Anthony) violait son frère et sa sœur. Après avoir témoigné contre Anthony, il s’est beaucoup attaché à Johnny et se pose des questions sur ses sentiments pour le jeune homme.

Johnny : Etudiant en droit, il cache de profondes blessures au fond de lui. Mais au contact de Marius, il a réussi à en refermer quelques unes. Se rendant compte que ses sentiments envers son nouvel ami sont trop fort, il décide de partir pour les Etats-Unis et laisse une lettre à Marius pour le remercier.

Alizé : Jumelle de Marius, elle a prévu d’aller faire des études de journalisme au Canada.

Valérie : Sœur de Franck, elle a avoué à ce dernier qu’elle était amoureuse de lui. Cependant, après plusieurs discussions plus ou moins houleuses, elle a décidé de laisser son frère et à présent accepte un peu plus les attentions de son supérieur : monsieur Lamarre.

Eric Lamarre : Amoureux de Valérie depuis très longtemps, il a été rejeté plusieurs fois. Cependant, depuis peu, la jeune femme ne le repousse plus avec autant de force… affaire à suivre :)

 

Pour l’amour d’un enfant

(Chapitre 30 : La vie est faite de choix et de décisions...)

 

 

 

 

Il faisait nuit lorsque Franck rentra chez lui. Tout le monde semblait dormir, aussi, ne fit-il aucun bruit. Mais en entrant dans sa chambre, il eut la surprise de trouver Alizé assise sur son lit.

- Tu rentres tard, dit celle-ci en croisant le regard de son frère.

- J’ai travaillé toute la journée, répondit le jeune homme.

- Tu étais avec le père de Rémi ?

- Oui, pourquoi ?

- J’aimerai le rencontrer.

- Quoi ? Pourquoi me dis-tu ça maintenant ? Je ne comprends pas…

- Es-tu encore capable de comprendre quelqu’un dans ta propre famille ? En es-tu capable Franck ?

- … j’ai fait quelque chose qui t’a choqué ?

- Non, pas vraiment. Je ne fais que constater des faits.

Franck se demanda combien de temps encore ses frère et sœurs allaient lui faire des reproches chacun leur tour. Mais alors qu’il attendait que sa cadette continue sur sa lancée, elle n’en fit rien et se leva. Mais avant de sortir de la chambre, elle lui murmura :

- Va parler à Marius s’il te plait. Moi, je n’arrive pas à le consoler. Je ne sais pas quoi lui dire…
Cette simple constatation faisait souffrir l’adolescente, mais le bien être de son jumeau passait avant toute chose.

- Qu’est-ce qui se passe ?
Demanda le jeune homme en retenant sa jeune sœur par le bras.

- Je ne sais pas… mais je suis sûre que tu pourras calmer ses pleurs…

- … je ne pense pas… je…

- Tu n’auras qu’à lui dire les mots que te dit le père de Rémi.

- ?

- Si lui, a put sécher les pleurs de mon grand frère, il est évident que ce grand frère pourra faire la même chose pour son petit frère.

Adressant un léger sourire à son aîné, Alizé passé une main sur la joue de ce dernier avant de sortir définitivement de la chambre.

 

*****

 

- Qu’est-ce que tu fais ?

Marianne Grava sursauta.

- Mat… mon chéri, tu m’as fait peur.

S’essayant dans le fauteuil face à la femme, Matthew s’excusa avant de redemander :

- Alors ? Qu’est-ce que tu fais ?

- Je réfléchis aux plats pour ton mariage.

- Ha… vous vous êtes mit d’accord avec la mère de Julie.

- Oui, c’est bon.

- Et… heu… ça va faire combien ? Ma part.

- De quoi parles-tu ?

- Combien ça va coûter. Tu m’as dit que tu me le dirais, mais tu n’en as pas encore parlé.

- Ha ça. Justement, j’en ai encore discuté avec papa tout à l’heure.

- Et ?

- Tu peux me rembourser la robe de ta sœur, puisque tu as l’air de tellement y tenir, mais pour le reste, c’est nous qui nous en chargeons.

Ponctuant sa phrase d’un grand sourire, la femme ne s’attendait pas à ce que celui qu’elle considérait comme son fils, entre dans une colère noire.

- Je ne suis pas d’accord ! On n’a jamais parlé de ça ! Pour qui vous me prenez tous ??? J’ai de quoi payer ! Cessez tous de me traiter comme si je n’avais pas d’argent !

Marianne le regarda sans comprendre, incapable de répondre.

- Qu’est-ce qui se passe ?
Demanda Jessica en entrant dans le salon.

- Rien !
Lui répondit le jeune homme, d’un ton agressif.

- Ben on ne dirait pas !
Dit l’adolescente sur le même ton.

Réalisant soudain que sa réaction était excessive, Matthew reprit, beaucoup plus calmement :

- J’ai besoin d’être seul.

Puis, il sortit de la maison.

 

*****

 

Valérie faisait des croquis lorsque la porte de son bureau s’ouvrit.

- Monsieur Lamarre ?

- Je t’en prie, appelle-moi Eric.

- On verra plus tard. Vous avez besoin de moi ?

L’homme eut un sourire en entendant la réponse de la jeune femme. Celle-ci était vraiment unique. Qui répondait « on verra plus tard » à la permission d’appeler son interlocuteur par son prénom.

- On dîne ensemble ce soir ?

- Ca fait deux soirs de suite que nous mangeons ensembles. Les gens vont commencer à se poser des questions. Ils risquent de penser que nous sortons ensembles.

- Et alors ? Ca te dérange.

- Pour ce soir, ce n’est pas possible, se contenta de répondre Valérie en reprenant son travail.

- Bon… je n’insiste pas, dit l’homme avec un sourire.

Valérie le regarda sortir de son bureau du coin de l’œil.

 

*****

 

Franck se réveilla en sursaut. Trois raisons l’affolaient : la première : il était plus de dix heures et Romain devait l’attendre depuis deux heures, la deuxième : il n’était pas dans son lit et la troisième : il avait un garçon dans ses bras.

- Qu’est-ce qui se passe ?
Lui demanda alors le jeune homme près de lui.

- Marius… ? Qu’est-ce que…

Franck mit plusieurs minutes avant de se souvenir de ce qui s’était passé la veille au soir. Sa sœur était venue lui parler, ou plutôt lui demander d’aller voir son jumeau. L’étudiant avait alors été dans la chambre de son cadet et sans qu’il n’en comprenne la raison, il s’était retrouvé avec l’adolescent en pleurs dans les bras. Et finalement, malgré les heures qu’il avait passé à tenter de consoler et comprendre son frère, Franck n’avait eu aucune explication et s’était endormi en serrant Marius dans ses bras.

- Tu vas où ?
Murmura l’adolescent en voyant son frère aîné se lever.

- Je dois téléphoner… Romain m’attends… je reviens, rajouta-t-il en ouvrant la porte.

- Tu es vraiment amoureux, dit son frère avec un léger sourire.

- Non, se contenta de répondre le jeune homme en sortant de la chambre.

En descendant les escaliers, Franck se dit que son ami allait très certainement s’énerver au téléphone. Mais il ne put le joindre. Même son portable semblait coupé car il tombait directement en messagerie.

- Qu’est-ce qui t’arrive ? Tu es tout pâle, constata Emilie en s’approchant de son frère.

- … Romain… il ne répond pas… au téléphone…, murmura le jeune homme.

- Il est peut-être occupé.

- … non… sinon… il m’aurait prévenu… en plus, il devrait être inquiet… on avait rendez-vous à 8 heures…

- Peut-être qu’il est comme toi et qu’il a fait la grâce matinée.

- … on voit que… tu n’as jamais entendu la sonnerie de son fixe… non… il s’est passé quelque chose. Je vais le voir.

N’écoutant même pas la proposition de sa sœur qui voulait l’emmener en voiture, le jeune homme sortit de la maison en courrant.

 

*****

 

- Monsieur Jouvenel.

Romain sursauta en entendant l’appel de son nom. Cela faisait tellement longtemps qu’il attendait qu’il pensait qu’il ne passerait pas.

Se levant, Rémi dans les bras, il sourit à la secrétaire et avança vers l’homme qui l’attendait.

- Bonjour Docteur.

- Bonjour monsieur Jouvenel. C’est pour le petit ?

- Oui. Hier, il avait l’air d’aller bien… enfin… je n’ai rien remarqué de bizarre, mais ce matin, il était brûlant de fièvre, expliqua Romain en s’asseyant face au médecin.

- Il faut vous calmer, dit l’homme d’âge mûr en souriant.

- Me calmer ? Comment voulez-vous que je sois calme ? Je vous dis que mon fils est brûlant et vous, vous me demandez de me calmer ? Je suis en troisième année de médecine, je sais donc que ça peut être grave et…

- On se calme, redit une deuxième fois le médecin en prenant l’enfant dans ses bras.

Rémi, un peu dans un état second à cause de la fièvre, n’essaya même pas de rester dans les bras de son père, qui était les plus confortables.

Durant plusieurs minutes, l’homme ausculta l’enfant avant de demander à Romain :

- Vous avez été dans un pays tropical récemment ?

- … non… Rémi n’est encore jamais sortit d’ici. Pourquoi ?

- Parce qu’on dirait qu’il a la dengue. C’est très rare de l’attraper ici, c’est pour cette raison que je vous ai posé la question.

- …

- Il n’y a pas grand-chose à faire avec ce genre de maladie. Est-ce que votre fils sait avaler les comprimer ?

- … je ne sais… il n’est jamais malade…

- Je vous prescris des piqûres ?

- … non… trouvez-moi des médicaments en poudre et s’il faut qu’il avale des médicaments, je lui apprendrai.

Le médecin eut un sourire et remit l’enfant dans les bras de son père.

- Ne t’inquiète pas mon petit bonhomme, tu seras vite sur pied.

Le médecin commence à écrire l’ordonnance avant de demander :

- Ca fait longtemps que vous connaissez Franck ?

- Pardon ?

- Je suis venu vous soigner il y a déjà plusieurs mois.

- Ha… je ne savais pas que c’était vous. Oui, ça fait un petit moment que je connais Franck. Pourquoi c’est l’un de vos patients ?

- J’étais très ami avec ses parents.

- Ha…

- Ca faisait très longtemps que je ne l’avais pas vu avoir l’air aussi bien… malgré l’inquiétude qu’il avait parce que vous étiez malade.

- Où voulez-vous en venir ?
Coupa Romain.

- Nulle part… je suis juste heureux qu’il ait retrouvé un certain équilibre… et je pense que c’est grâce à vous.

Romain eut un petit sourire avant de préciser :

- Je pense que vous vous trompez sur la nature de notre relation.

L’homme releva les yeux de l’ordonnance qu’il rédigeait, son regard exprimait beaucoup de surprise. Il était persuadé, lorsqu’il avait vu Franck la dernière fois, qu’il s’était trouvé un compagnon « stable », bien que le jeune soit resté très évasif sur la question. Mais à présent, Romain, sans donner plus d’explication, démentait. Le médecin allait poser une question lorsqu’il entendit l’étudiant lui faisant face lui demander, ou plutôt, lui ordonner :

- Terminez votre ordonnance que je puisse soigner mon fils.

Bien trop surpris pour répondre, le médecin termina et tendit le papier à Romain. Celui-ci le remercia rapidement et sortit avec Rémi, endormi dans ses bras.

Un quart d’heure plus tard, il rentra chez lui et trouva Franck dans son studio. Ce dernier se précipita vers lui, affolé :

- J’étais mort d’inquiétude ! Où étais-tu ?

- Si tu étais arrivé à l’heure, tu saurais que Rémi est malade et que j’ai dû l’emmener chez le médecin.

- Que… Rémi est malade ?
S’affola encore plus le jeune homme en passant une main sur le front de l’enfant.

- C’est bien la peine de t’inquiéter maintenant !

- Je suis désolé d’être arrivé en retard, ça te va ?

Romain ne répondit pas et déposa l’enfant sur le lit avant de lui préparer ses médicaments.

- Franck.

- Oui ? Je peux faire quelque chose ?

- Non, pas vraiment. Je ne pense pas travailler aujourd’hui, alors rentre chez toi, s’il te plait.

Le jeune homme ne dit rien et sortit du studio. Lui aussi était inquiet pour le petit garçon, mais visiblement, Romain n’avait pas l’air de s’en rendre compte.

« Bon… je crois que je n’ai plus qu’à rentrer chez moi… », pensa Franck en quittant la résidence. Il allait rejoindre son arrêt de bus lorsqu’il s’aperçut que Matthew avançait dans sa direction.

- Bonjour, ça va ?
Salua Franck avec un grand sourire.

- Salut. Tu as passé la nuit ici ?

- Non, pas du tout. Je viens d’arriver, mais Romain m’a ‘gentiment’ demandé de repartir.

Matthew eut un sourire, imaginant très bien la ‘gentillesse’ dont parlait Franck.

- J’imagine donc que ce n’est pas trop le moment que j’aille l’embêter avec mes problèmes, rajouta Matthew en s’apprêtant à rebrousser chemin.

- Si tu as besoin de quelque chose et si je peux t’être utile…, lui dit alors Franck.

- C’est gentil. Viens, je t’offre un verre.

Quelques minutes plus tard, tous les deux jeunes gens s’assirent à la terrasse d’un café.

- Qu’est-ce que tu prends ?
Demanda Matthew lorsque la serveuse arriva pour prendre leur commande.

- Un café.

- Ok. Deux cafés et deux croissants mademoiselle.

Sans un mot, la jeune fille disparut et revint rapidement avec ce que voulait les deux hommes.

- Je sais que là il est un peu tôt, mais normalement, tu bois ?
Demanda le futur marié en tournant le sucre dans son café.

- J’évite.

- ?

- Quand je bois, je fais et dis un peu n’importe quoi. Alors j’évite.

- Ha…

- Et toi ?

- Je bois de l’alcool de temps en temps, mais je fais attention. Avant, je buvais pas mal, mais je n’ai pas vraiment envie de devenir comme mon père…

- ‘Ton père’ ?

- Mon géniteur, si tu préfères. Je ne te parle pas de monsieur Grava.

- Ha oui, désolé, je n’ai pas réfléchis.

Plusieurs minutes s’écoulèrent en silence avant que Matthew ne reprenne la parole, l’air sérieux.

- Dis-moi Franck.

- Oui ?

- A ton avis… qu’est-ce que les gens peuvent bien me trouver ?

- ? C'est-à-dire ?

- Mes parents, ma sœur, Julie… qu’est-ce qu’ils peuvent bien aimer chez moi ?

Franck était surpris. C’était la première fois que le jeune homme avait l’air aussi troublé et perturbé. Mais comment quelqu’un d’aussi peu sûr que lui-même pouvait bien remonter le moral à quelqu’un d’autres, se demandait l’étudiant. Pourtant, il fallait qu’il trouve quelque chose à dire car son ami semblait attendre une réponse.

- Et toi ? Pourquoi est-ce que tu les aimes.

Matthew éclata de rire avant de répondre :

- Si tu cherches à me faire dire quelque chose du genre ‘je ne sais pas, c’est comme ça’, et pouvoir me répondre ‘tu vois, c’est pareil pour eux’, ça ne marchera pas.

- …

- Si tu veux tout savoir, j’aime les Grava parce qu’ils m’ont montré ce que c’est que d’avoir une famille… Jessica, c’est pareil, mais elle, j’ai commencé à l’aimer parce qu’elle m’a offert son amour dès qu’elle m’a vu… et pour Julie… Julie, c’est un peu différent… j’ai eu le coup de foudre pour elle. Mais après, j’étais persuadé que ça ne pourrait pas marcher entre nous… pourtant… aujourd’hui…

- … tu cherches une réponse rationnelle à leur amour ?

- … oui…

- Il n’y en a pas. Ceux qui t’aiment t’aiment sans doute parce que tu es gentil, parce que tu es attentionné, ou pour plein d’autres raisons que je ne connais pas.

- Hum… tu ne m’aides pas vraiment…
Soupira Matthew.

- Désolé… c’est que tu te poses des questions que je passe ma vie à me poser…

Le mécanicien eut un sourire mi-amusé, mi-moqueur avant de reprendre :

- Moi, il n’y a que quand je déprime que je me pose cette question.

- …

- Quand j’étais adolescent, je me suis tellement demandé ce que les Grava pouvaient me trouver pour m’aimer comme ça… finalement, je n’ai jamais trouvé de réponse…

- Il n’y en a peut-être pas.

- C’est la conclusion à laquelle je suis arrivée. Et finalement, en temps normal, la situation me convient. Mais je dois dire qu’à l’approche de mon mariage, je remets tout en question. Est-ce que tu penses que je vais pouvoir rendre Julie heureuse ? Est-ce que je vais réussir à continuer à montrer à ma sœur que je l’aime toujours autant même en quittant la maison ? Est-ce que mes parents ne vont pas perdre leur fils ? Est-ce que je serais un bon père quand Julie et moi aurons des enfants ?

- Si tu te poses toutes ces questions, c’est déjà la preuve que tu veux tout faire pour leur apporter une réponse qui montrera à tout le monde que tu les aimes… je suis sûr que tu vas très bien t’en sortir. Je te fais confiance, rajouta Franck avec un sourire rassurant.

Matthew termina son café et mit un billet sur la table afin de payer leurs consommations, indiquant par ce geste que la discussion était close. L’étudiant eut presque envie de rire. Matthew et Romain se ressemblait beaucoup par certains côtés. Aussi, faisant comme il l’aurait fait avec son meilleur ami, Franck salua le jeune homme et s’apprêtait à partir lorsque Matthew le retint :

- Attends.

- Qu’est-ce qu’il y a ?

- Merci de m’avoir écouté.

- Heu…

- C’est très gentil de ta part.

- C’est tout à fait naturel, répondit le jeune homme en partant.

 

*****

 

Marius relu la lettre de Johnny pour la cinquième fois de la matinée. Il ne comprenait pas pourquoi son ami l’avait quitté en lui laissant une simple lettre. Il aurait pu lui dire les choses en face… il aurait à ce moment là, au moins pu lui parler de ses sentiments clairement.

- Tu es tout seul ?

L’adolescent sursauta en entendant la voix de son frère.

- Franck ?

- J’ai frappé, mais tu n’as pas répondu. Alors, tu es tout seul à la maison ?

- Oui… Alizé est partie voir une copine et Emilie est à son travail. Et toi, qu’est-ce que tu fais là ? Je croyais avoir compris que tu devais vite partir parce que Romain t’attendait.

L’étudiant sentit une pointe de reproche dans le ton de son cadet. Il allait répondre lorsque Marius reprit la parole :

- Il t’a mis dehors ?

- Quoi ?

- J’imagine qu’il t’a mis dehors. Parce que je doute fort que tu ais pu quitter Romain et Rémi pour voir si ton petit frère allait bien.

Sentant bien que le reproche était justifié, Franck cherchait une réponse lorsque son regard tomba sur la lettre que tenait son frère.

- Qu’est-ce que c’est ?

- Une lettre d’adieu, murmura Marius en baissant le regard.

- « Une lettre d’adieu » ?

- Oui… dis-moi… tu as déjà été tellement bien avec quelqu’un que tu ne voulais pas laisser partir cette personne ? Tu as déjà pensé : ‘je veux que le temps s’arrête pour qu’on soit toujours ensemble’ ?

- …

- Je pense qu’on a ce genre de pensées quand on est amoureux… non ?

- …

Marius eut un petit rire triste avant de murmurer :

- Je viens de me rendre compte que je l’aimais… mais c’est trop tard… il est partit…

Franck mis plusieurs secondes avant de réaliser ce que son frère venait de dire. Mais lorsqu’il se rendit compte qu’il ne s’était pas trompé, il répéta :

- « Il » ???

- Oui, ‘il’ ! Pourquoi est-ce que j’ai l’impression que ça te choque ? Ne prend pas cet air offusqué ! Parce que franchement, tu as du culot ! Avec le nombre de mecs qui te sont passé dessus, tu ne vas pas…

Une gifle magistrale coupa l’adolescent. Franck pensa qu’il avait dû lui faire très mal car sa main était en feu, cependant, Marius se contenta de le regarder, hébété. Respirant à fond, Franck tenta de parler le plus calmement possible :

- Je comprends que tu sois toujours ébranlé par ce qui t’ait arrivé il y a quelque temps, je comprends aussi que tu sois malheureux que ton ami soit partit. Mais ça ne te donne pas le droit de me parler comme tu viens de le faire. Ce que j’ai fait ne regarde que moi et j’aimerai bien que ma famille cesse de toujours remettre la même chose sur le tapis.

- …

- J’attends des excuses, rajouta Franck.

Marius regarda son frère avec un air que l’étudiant ne pouvait décrypter. Il ignorait alors que son cadet, malgré la colère d’avoir été frappé, éprouvait une certaine fierté vis-à-vis de son frère. Il était redevenu comme ce grand frère qu’il avait dans son souvenir. Celui qui se pliait en quatre pour Valérie, Alizé et lui-même, mais en même temps qui s’énervait si l’un d’entre eux oubliait de dire ‘merci’ lorsqu’il les servait à table. Oui, l’homme qu’il avait en face de lui était ce grand frère et non, il ne l’avait pas abandonné. C’était eux qui l’avaient laissé tomber et si Franck n’avait pas complètement sombré, il fallait se rendre à l’évidence, c’était grâce à Rémi et son père. Il était donc injuste à présent de reprocher à Franck le temps qu’il consacrait à ces deux-là…

- Je suis désolé, murmura finalement Marius.

- C’est quoi cette histoire ?
Demanda Franck sans réellement prêter attention aux excuses de son frère.

- Quelle histoire ?

- C’est histoire qui associe « amour » et « il ».

Marius éclata de rire. Son frère avait une façon bien particulière de parler de la situation.

- … je ne saurai vraiment comment te l’expliquer… mais… son départ me fait terriblement souffrir…

Franck réfléchit à ce qu’il pourrait bien dire à son cadet, mais rien ne lui venait à l’esprit. C’était le vide le plus complet. Pourtant, il fallait qu’il trouve quelque chose.

- Je pense que je vais aller faire mes études aux Etats-Unis pour le retrouver, termina Marius dans un souffle.

L’étudiant en médecine ouvrit plusieurs fois la bouche pour répondre, mais aucun son ne sortit. Son petit frère semblait vraiment amoureux, alors que devait-il faire ? L’encourager ou tout faire pour le dissuader de partir ?

 

*****

 

- Tu vas lui parler, n’est-ce pas ?

Romain se retourna vers son ami avant de répondre :

- Je ne vois pas pourquoi je ferai ça.

- Tu sais très bien qu’il se trompe ! Je ne veux pas qu’il parte !

Romain passa une main dans les cheveux de son fils endormi avant de reprendre :

- Je pense que ton frère est assez grand pour décider de ce qu’il veut faire.

- Quoi ? Mais tu dis n’importe quoi ! C’est encore un enfant !

- Qu’est-ce que tu cherches à faire ? Laisse-le vivre. Tu n’as pas vraiment ton mot à dire.

- Et c’est toi qui me dis ça ? Alors que tu passes ton temps à me dire ce que je dois et je ne dois pas faire ! En fait, j’aurai dû me douter que ton non plus tu ne m’aiderais pas quand j’en aurai vraiment besoin ! Mais qu’est-ce que je suis pour toi ? La baby-sitter de son fils ?

- Tu sais très bien que tu es mon ami, alors calme-toi, s’il te plait.

Franck n’écouta même pas et sortit en claquant la porte du studio.

- Hé ben… je ne pensais pas qu’il pouvait se fâcher comme ça, murmura Romain en s’allongeant près de Rémi. C’était d’ailleurs une chance que l’enfant ait vraiment un sommeil de plomb.

Deux heures plus tard, Romain téléphona à Julie afin qu’elle s’occupe de Rémi. Celle-ci arriva moins d’une demi-heure après, accompagné de sa mère. Le jeune homme leur donne l’ordonnance et assura qu’il passerait récupérer son fils dans la soirée.

- Ne t’inquiète pas, quand j’étais petite j’étais tout le temps malade… alors ma mère à l’habitude, dit la jeune fille avec un clin d’œil en sortant de l’appartement.

Romain sortit le résidence et allait se diriger vers le parc, endroit où il pensait retrouver Franck, lorsque son regard fut attiré par un adolescent debout devant les grilles d’entrée.

- Tu attends quelqu’un ?
Demanda l’étudiant.

- …

- Marius ?
S’étonna Romain en reconnaissant l’adolescent.

- Vous… vous me connaissez… ?
Demanda le jeune homme, surpris.

- J’étais avec Franck lorsqu’il est venu te chercher. Quand tu étais chez Johnny, si je me souviens bien de son nom. Je m’appelle Romain.

- … Romain… ha… oui… désolé… je ne m’en souvenais plus…

- Ce n’est pas grave. Alors, qu’est-ce que tu fais là ?

- … je ne sais pas trop… J’ai suivit Franck…

- Mais il est partit ça fait un bon moment, indiqua l’étudiant.

- Oui. Je sais. En fait… je ne suis pas sûr de vouloir lui parler pour le moment.

- Pourquoi l’avoir suivit alors ?

- … parce qu’Emilie et lui représentent mes bouées de sauvetage quand ça ne va pas… mais pourquoi est-ce que je vous dis ça ?

Marius croisa le regard de Romain. Il n’avait pas remarqué au début de leur conversation, mais à présent, c’était clair. Ses yeux semblaient percer n’importe quel corps. Ils ne reflétaient rien, pourtant, mais quelque chose le poussait à vouloir se confier à cet homme qu’il ne connaissait qu’à travers Franck.

- Franck vous a dit ce qui m’arrive ?

- De quoi parles-tu ?

- … non, rien… je vais rentrer chez moi.

Marius allait partir lorsque Romain l’arrêta en le retenant par le bras.

- Ecoute. Je ne suis pas un expert en matière de sentiment. Peut-être que tu aimes vraiment ce garçon. Je n’en sais rien, je ne suis pas dans ta tête et dans ton cœur. Mais avant de décider de partir et de rejeter tout le monde, réfléchis bien. Es-tu sûr que ce qui te rendra le plus heureux est de t’en aller ?

- … qu’est-ce qui peut être plus fort que l’amour… ?
Murmura Marius, incapable de se soustraire au regard du meilleur ami de son frère.

- C’est à toi de décider. Pour ton frère, tu es encore un enfant. Mais pour moi, même si tu n’es pas encore un adulte, je suis sûr que tu es capable de prendre une décision censé et raisonnable.

- Qui a dit que l’amour et la raison pouvait cohabiter ?
Demanda Marius en se libérant de l’emprise de Romain.

- Personne. Mais pour avoir fait la douloureuse expérience de se contenter de parler avec son cœur, je peux te dire que parfois, il vaut mieux réfléchir. Regarde bien autour de toi Marius, regarde bien. Et demande toi si tu veux vraiment perdre tout ça pour un sentiment dont tu n’es peut-être même pas tout à fait certain.

L’adolescent n’en écouta pas d’avantage et partit en courant sans même saluer l’étudiant. Mais Romain ne lui en voulut pas. Après tout, peut-être avait-il était un peu trop direct. Il regarda le frère de Franck jusqu’à ce qu’il ait disparut de son champ de vision avant de se diriger vers le parc. Il savait qu’il retrouverait son ami là-bas.

 

*****

 

- Tu sais pourquoi je te retrouve toujours ?
Demanda Romain en s’approchant de Franck.

- … parce que tu me connais trop bien, répondit son ami sans se retourner vers lui.

- Non. Si je te retrouve, c’est uniquement parce que tu attends que je vienne te chercher. Tu m’as demandé tout à l’heure quel rôle je te donnais. Mais est-ce que je ne serais pas en droit de te poser la même question ?

- …

- Tu me demandes tour à tour d’être ton meilleur ami, un substitut de petit ami et pour finir je dois aussi te servir de mère.

- …

- Mais dans l’absolu, ça ne me dérange pas plus que ça. Et tu sais pourquoi ? Parce que contrairement à ce que tu as dit tout à l’heure, je ne te considère pas comme le baby-sitter de mon fils. Tu es l’ami que j’ai de plus cher. Mais j’avoue en avoir un peu marre de toujours devoir répéter la même chose.

- …

- Tu sais… même si tu me tournes le dos, je sais très bien que tu es train de pleurer. Mais je ne peux pas t’obliger à me laisser te consoler. Prends une décision Franck. Ne m’oblige pas à toujours tout décider.

Romain dû attendre deux minutes avant que son ami ne consente à se retourner. Sans un mot, Franck se blotti contre lui, inondant sa chemise de larme.

- … je… suis…

- « Désolé », oui, je sais. Allez… arrête de pleurer, murmura Romain en tentant de calmer son ami.

 

*****

 

- Eric, attendez.

Monsieur Lamarre se retourna pour faire face à Valérie.

- Oui ?

- Au sujet de l’invitation à dîner pour ce soir.

- Tu as changé d’avis ? Tu acceptes ?

- Oui, répondit la jeune femme avec un grand sourire.

- Alors… on se retrouve dans une heure ? Au restaurant habituel ?

- A tout à l’heure Eric, se contenta de dire Valérie en quittant le hall de son lieu de travail.

L’homme eut un sourire immense en réalisant que premièrement, elle était revenue sur sa décision et que deuxièmement, elle l’avait appelé par deux fois par son prénom.

 

*****

 

Alizé, enfermée dans sa chambre regarda une nouvelle fois le prospectus faisant l’éloge de l’école de journalisme au Canada dans laquelle elle voulait aller. Quelques mois plus tôt, tout lui semblait beaucoup plus simple : elle avait décidé quel serait son futur des prochaines années. Pourtant, à présent, elle avait elle-même décidé de modifier ses projets. Elle ferma un instant les yeux et soupira. Elle aurait bien aimé que quelqu’un lui dise quoi faire, mais certaines décisions devaient être prises par elle seule. Quittant son bureau, elle sortit de sa chambre et entra dans celle de son frère.

- Alizé ?
S’étonna Marius qui relisait encore une fois la lettre de Johnny.

Sa sœur avait un air très sérieux sur le visage et il en était vraiment surpris.

- J’ai décidé de ne pas partir après le bac.

- Pardon ?

- Pour une fois, c’est moi qui te suivrais. Je n’ai pas l’intention de faire des mathématiques, mais le principal c’est qu’on soit dans la même université, n’est-ce pas ?

- … bien… bien sûr…, murmura l’adolescent en adressant un petit sourire à sa jumelle.

Cette dernière, heureuse de sa décision, ressortit de la chambre sans un mot.

Regardant une nouvelle fois la lettre de Johnny, Marius la replia et rangea l’enveloppe dans le tiroir du haut de son bureau.

- … je voulais… te rejoindre… mais… je ne me sens pas la force… de quitter ma sœur…

Des larmes coulèrent sur les joues du jeune homme, mais il venait de prendre lui aussi une décision. C’était douloureux, mais il ne voulait pas partir et quitter ceux qu’il aimait.

 

*****

 

- Ne t’inquiète pas, je m’en occupe.

- Julie…

- Oui ?

- Merci beaucoup.

- C’est normal… occupe-toi bien de Franck.

Romain raccrocha en soupirant. Julie l’avait rassurée : la fièvre de Rémi était bien redescendue et elle allait s’occuper de lui cette nuit. Par contre, lui, n’allait pas pouvoir se coucher tôt, il s’en doutait. Assis, ou plutôt prostré dans un fauteuil, Franck le regardait, l’air absent.

- Tu as l’intention de rester comme ça encore longtemps ?
Demanda Romain en portant son attention sur son ami.

- … je… n’aurai… pas… dû… te… parler… comme… ça…

- Ca, c’est sûr. Mais ce qui est fait est fait. Tu t’es excusé, je t’ai pardonné, donc, tout va bien.

- … je ne voulais… pas… te parler comme ça…

Romain poussa un nouveau soupire et s’assit sur le bras du fauteuil, près de Franck.

- Je sais bien. Tu as eu l’impression que je ne t’écoutais pas alors tu as dit tout ce qui te passait par la tête.

- …

- C’est une réaction normale. Arrête de t’en vouloir.

- …

- Quoi ?

- Parfois… je me fais peur…

- Je ne suis pas sûr de bien te comprendre… explique-toi.

- Je… tout à l’heure… quand je me suis énervé… je crois que c’est parce que je t’en veux quand j’ai l’impression que ce que tu n’écoutes pas ce que je te dis…

- C’est bien ce que je disais.

- Non… je pense que ça aurait pu être pour n’importe quel autre sujet… je…

- Franck. Franck, regarde-moi.

Le jeune homme releva les yeux vers son ami et croisa le regard franc de celui-ci.

- Je suis ton meilleur ami, c’est normal que tu veuilles que je sois toujours à ton écoute.

- …

- Ne te prends pas la tête, je ne t’en veux vraiment pas.

- Romain…

- Oui ?

- Je t’aime vraiment énormément.

- Encore heureux.

- … je me demande…

- Quoi ?

- Je me demande quelle serait ma vie si je ne vous avais pas rencontré Rémi et toi.

- Je n’en sais rien. Mais une chose est sûre, c’est que celle de Rémi aurait été radicalement différente s’il n’avait pas croisé ton chemin.

- … quoi… ?

- Un jour, quand il sera plus grand, tu pourras lui dire que si tu n’avais pas été là, il n’aurait pas eut un père qui l’aime autant.

Romain termina avec un sourire et indiqua qu’il avait eut une journée assez fatigante et qu’il voulait dormir.

- J’adore ta façon de me remonter le moral, murmura Franck en s’installant lui aussi pour dormir.

 

Fin du trentième chapitre

A Suivre…

 

Chapitre commencé le 25 décembre 2007 et achevé le 10 février 2008

 

Note de fin de chapitre : Et voilà, c’est finit. J’espère que ce chapitre vous aura plu.
A bientôt
Naëlle


 

 

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Chapitre 31

 

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