Auteur: Naëlle
Titre: Pour l'amour d'un enfant

 

Note : Bonjour,

Trop fatiguée pour un long blabla... mais voici la suite comme promis.

N'oubliez pas :

J’ai commencé un roman photo avec mes BJD. Qu’est-ce qu’un/une BJD : une poupée. hahahaha !!!!

La première histoire (complète) sera mise en ligne entre aujourd’hui et le 02 avril. Direction la page principale pour avoir accès au lien (je dis ça pour ceux qui seraient arrivé directement sur la page de la fic !). J’attends de savoir ce que vous en pensez, parce que c’est la première fois que je fais ça (la “folie” pour les BJD est aussi assez nouvelle).

Ethan, l’un des deux héros de l’histoire a même sa page facebook ! Il est pas beau le monde ?????

N’hésitez pas à allez retrouver Tristan et Ethan dans la première histoire intitulé : “la veste” !

Page 4 en ligne !

 

 

 

 

 

Pour l’amour d’un enfant

(Chapitre 16 : Une famille [partie 1/2])

 

 

 

Madame Grava ouvrit doucement la porte de la chambre de Matthew et trouva un spectacle des plus charmants s’offrant à ses yeux. Jessica, qui s’était à moitié endormi par terre dans l’après-midi, était à présent dans le même lit que celui qu’elle considérait comme son grand frère et celui-ci avait placé un bras protecteur autour de l’adolescente. La femme sourit et referma doucement la porte.

- Alors ?
Interrogea son mari lorsqu’elle revint au salon.

- Il dort et Jessica est avec lui.

- Cet homme va encore lui avoir démoli son équilibre, rugit Michel Grava en se levant.

- Qu’est-ce qu’on peut faire ?
Demanda alors sa femme, d’un ton las.

- Rien… rien du tout… on ne peut qu’espérer que Matthew saura se souvenir de tout ce que nous avons construit ensemble.

- … oui… espérons…

 

* * * * *

 

Cinq ans plus tôt :

 

- Et cette fois-ci, essaie de ne pas faire de conneries ! Les Grava sont des gens charmants. Tu devrais te sentir bien chez eux, alors fais un effort ! Matthew ! C’est à toi que je m’adresse !

L’adolescent releva les yeux vers l’homme qui lui parlait, tout en continuant à mastiquer son chewing-gum avec désinvolture.

Le jeune assistant social soupira face à ce qu’il appelait « un cas désespéré » et n’ajouta plus un mot.

Quelques minutes plus tard, il gara sa voiture devant la maison du couple devant accueillir le jeune de 17 ans qu’il avait avec lui.

- Bonjour, dit une voix d’homme alors que la porte d’entrée s’ouvrait.

- Bonjour monsieur Grava, répondit le fonctionnaire en serrant la main de l’autre.

- Matthew, je présume, dit alors Michel Grava en s’approchant de l’adolescent. Celui-ci eut un mouvement de recul lorsque l’homme s’approcha.

- Votre épouse n’est pas là ?
Demanda l’assistant social quelques secondes plus tard.

- Non, elle est partie chercher notre fille à l’école. Elle ne devrait plus tarder. Tu vas voir, reprit l’homme en retournant son attention vers l’adolescent, Jessica – c’est comme ça que s’appelle ma fille – est très gentille. Vous allez sans doute très bien vous entendre.

Matthew montra très clairement qu’il ne s’intéressait pas à ce que disait l’homme, mais ce dernier ne fit aucun commentaire ; quant au jeune homme ayant accompagné l’adolescent, il renonça à dire quoique se soit.

Finalement, une demi heure plus tard, l’assistant social repartait, après que monsieur Grava ait une nouvelle fois signé quelques papiers officiels, et qu’il ait donné des conseils à l’homme, ainsi qu’à l’adolescent. Et alors que sa voiture disparaissait à l’horizon, une autre arrivait. Madame Grava ainsi que Jessica en descendirent quelques secondes plus tard. La petite fille suivit sa mère en la tenant par la main.

- Bonjour Matthew, dit alors la femme en s’approchant du garçon.

- Bonjour.
Lui répondit-il plus par politesse que par une réelle envie de lui répondre.

- Ca va ? Tu dois être fatigué, non ? Tu as quand même dû passer environ 5 heures en voiture. Tu veux sans doute de reposer. Viens, nous allons te montrer ta chambre. Jessica, dis « bonjour » à Matthew.

Le jeune homme se demandait si cette femme était toujours comme ça, ou si elle lui avait sortit tout son stock de paroles. Mais elle ne semblait pas avoir fini, car elle l’entraînait à présent par le bras. Elle avait cependant attendu que sa fille salut le nouvel arrivant de leur petite maisonnée.

- Et voilà ta chambre, annonça la femme en ouvrant une porte.

Matthew fit quelques pas à l’intérieur. Visiblement, la peinture avait été refaite et les draps dans le lit semblaient être neufs.

- Si la couleur de ta chambre ne te plait pas, tu n’auras qu’à nous le dire. Je t’aiderai à la peindre d’une autre couleur si tu veux, proposa gentiment Michel Grava.

- Et puis, si tu veux, nous irons faire des courses ce week-end. Comme ça, tu pourras acheter des petites choses pour mettre une petite touche personnelle à ta chambre. Parce que comme nous ne connaissions pas tes goûts, nous ne voulions pas vraiment prendre le risque que ça te déplaise.
Rajouta Marianne Grava.

Matthew ne dit pas un mot et laissa les autres lui conseiller de se reposer un peu en attendant le dîner avant de sortir de sa chambre.

Une fois seul, il s’allongea sur le lit en soupirant. Cette famille avait l’air encore plus hypocrite que les autres. L’adolescent savait très bien que toutes les bonnes paroles de ces gens n’étaient pas sincères.

- Pfff… comme s’ils s’intéressaient vraiment à moi… quelle blague !
Marmonna le jeune homme en s’allongeant sur ce qui allait être son lit durant les prochains mois.

Une heure plus tard Madame Grava envoya sa fille chercher le garçon qui allait à présent partager leur vie.

- Matthew ? C’est Jessica, je peux entrer ? Demanda une petite voix fluette derrière la porte.

- Ouais… Qu’est-ce qu’il y a ?

- Le repas est servi, lui répondit l’enfant en entrouvrant la porte de la chambre.

- Ok, j’arrive !

L’adolescent aurait bien aimé que la gamine s’en aille, mais elle ne bougea pas, et lorsqu’il la rejoignit, elle l’accompagna dans la salle de bain, afin de se laver elle aussi les mains.

- Je suis contente d’avoir un grand frère, lui dit-elle soudain, alors qu’ils se rendaient tous les deux dans la cuisine.

- N’importe quoi… marmonna Matthew, certain que la fillette près de lui ne faisait que répéter des mots qu’on lui avait appris afin qu’il se sente à l’aise.

- Et toi, tu es content d’être avec nous ?
Demanda Jessica, un grand sourire aux lèvres.

- Je serais content quand tu arrêteras de dire n’importe quoi !

L’enfant ne répondit rien, mais elle retint ses larmes. Finalement, elle n’était plus aussi sûre d’être heureuse de l’arrivée de ce grand frère.

 

* * * * *

 

Deux semaines plus tard :

 

- Matthew ? Je peux entrer ?
Madame Grava venait de passer la tête dans l’entrebâillement de la porte.

- Oui, bien sûr, entrez.

- J’aimerais que tu me tutoies.

- Oui, désolé… Entre.

Un sourire plus tard, et la femme était assise sur une chaise près du jeune homme allongé sur son lit.

- Dis-moi, tu as eu un problème ? On m’a appelé ce matin pour me dire que tu n’avais pas été en cours.

L’adolescent se redressa comme un ressort. Il n’aurait pas pensé qu’on préviendrait sa famille d’accueil aussi vite de ses absences répétées… il savait pourtant imiter à la perfection la signature de ses deux tuteurs du moment.

- Heu… en fait… sur le chemin, je me suis mis à avoir très mal à la tête… et donc, je me suis arrêté dans le parc… celui juste à côté du CFA*… et je crois que je me suis endormi…

- Hum… – La femme n’était pas dupe – si tu étais malade, tu aurais dû rentrer à la maison.

- Oui…

Le jeune homme avait décidé de jouer la carte de la soumission pour cette fois-ci.

- Je n’en parlerai pas à ton père pour cette fois, mais…

- De qui parlez-vous ?
Demanda précipitamment Matthew.

- De mon mari, reprit la femme, se rendant compte de sa méprise.

- Vous pouvez lui dire, je m’en fiche, moi !

Marianne Grava se releva sans dire un mot et sorti de la chambre, voyant bien que le jeune homme s’était de nouveau braqué et qu’elle n’arriverait certainement pas à lui expliquer qu’il ne devait pas jouer ainsi avec son avenir.

Lorsqu’elle eut refermé la porte, le jeune homme se retourna vers le mur et passa sa main sur des formes imaginaires. Lorsqu’il était petit, il se souvenait que sur les murs crasseux près de son lit, il s’amusait à imaginer des familles aimantes. Les taches de saleté devenaient alors animées et merveilleuses à ses yeux d’enfant. Mais dans cette chambre, il ne pouvait donner vie à une quelconque trace de crasse, étant donné que les murs n’en possédaient aucune. Cependant, il était bien trop occupé à réfléchir à la nouvelle façon dont il pourrait échapper à ses cours et apprentissage pour se rendre compte qu’il avait près de lui ce qu’il avait toujours imaginé comme un rêve inaccessible dans son enfance.

 

* * * * *

 

- Mes vieux sont trop chiants ! Ils veulent m’obliger à aller en cours, alors que je m’en tape du bahut !

L’adolescente venant de dire cela tira une nouvelle bouffée sur son joint pour se calmer.

Tous les autres présents enchaînèrent sur leurs parents respectifs, tous plus « chiants » les uns que les autres, à leurs dires. Seul Matthew gardait le silence… mais c’était peut-être plus dû au fait qu’il était occupé à déshabiller sa nouvelle conquête, que parce qu’il n’avait rien à dire. La jeune fille ne lui facilitait d’ailleurs pas la tâche, car elle se collait et se frottait de plus en plus à lui.

- La meilleure qu’ait trouvée mon vieux, rajouta soudain un garçon, c’est de me demander de garder mon frangin tous les soirs.

Tous se mirent à rire, tant la situation les amusait… Comme s’ils n’avaient eu que cela à faire de leur soirée !

En entendant ces paroles, Matthew eut l’impression qu’il oubliait quelque chose, cependant, il se dit que ça devait être une idée et continua ce qu’il avait commencé, sous les gémissements satisfaits de sa partenaire.

Deux heures plus tard, alors que l’adolescent se rhabillait, il fit tomber un papier de sa poche de chemise sur lequel était écrite une adresse.

- Merde !

- Qu’est-ce qu’il y a ?
Lui demanda quelqu’un.

Il ne prit pas la peine de répondre et partit en courant.

- Mais quel con je peux faire ! Cette gamine va certainement se plaindre, disait à voix haute le jeune homme en courant à travers les rues. Tout en faisant le trajet, il réfléchissait à une façon de se justifier ; en effet, le matin même, le couple Grava lui avait demandé s’il pourrait aller chercher Jessica à la sortie de l’école, car ils étaient tous les deux pris cette fin d’après-midi. Il avait alors répondu « oui », sans grande conviction, ni réelle envie de leur rendre service, mais étant donné qu’il n’avait trouvé aucun moyen d’échapper à cette corvée, il avait accepté. Mais à présent, il avait une heure et demi de retard sur l’horaire indiqué.

Matthew s’arrêta quelques secondes afin de regarder le petit plan que lui avait dessiné Marianne sur un morceau de papier (celui qui était tombé de sa poche), afin de vérifier qu’il ne s’était pas trompé de chemin, et une fois sûr qu’il était dans la bonne rue, il se remit à courir.

Quelques minutes plus tard, il aperçut l’immense grille servant d’entrée et de sortie aux élèves inscrits dans ce collège. Le soir commençait à tomber et les lieux étaient quasiment déserts. Mais une enfant était toujours debout devant l’imposante entrée, son sac à ses pieds. En la voyant, l’adolescent pressa le pas jusqu’à arriver à ses côtés.

- Désolé du retard. J’ai été retenu en cours, mentit-il alors.

Jessica se retourna alors vers lui, et au lieu des reproches qu’il s’attendait à recevoir, c’est un sourire qui accueillit son arrivée.

- Tu n’aurais pas dû courir, lui dit-elle lorsqu’elle vit qu’il reprenait son souffle et que malgré l’air plutôt frais, il transpirait à grosses gouttes.

- Ca fait longtemps que tu attends ?
Demanda-t-il.

- Non, pas trop. On rentre ?

- Allons-y.

La fillette mit son sac sur son dos, et Matthew se retrouva avec sa petite main dans la sienne. Une fois la surprise passée, il s’étonna lui-même de serrer, bien malgré lui, cette main au creux de la sienne.

Lorsqu’ils arrivèrent, une bonne demi heure plus tard, le couple Grava n’était toujours pas rentré et un message avait été laissé à leur attention afin de les prévenir qu’ils ne rentreraient que tard dans la soirée, aussi que les deux jeunes devaient se débrouiller pour manger.

- Tu sais cuisiner ?
Questionna alors Matthew à Jessica.

Elle secoua la tête de droite à gauche, mais avec un sourire le rassura tout de même :

- On va faire décongeler des pizzas !

- Si tu veux.

L’adolescent laissa alors l’enfant toute seule dans la cuisine et partit se doucher. Celle-ci s’attela tout de suite à prendre deux pizzas dans le congélateur, avant de les mettre dans le micro-onde pour qu’elles décongèlent un peu. Puis, elle alla toquer à la porte de la salle de bain.

- Quoi ?
Fut la réponse qu’elle obtint.

- Tu veux que je rajoute quelque chose sur ta pizza ?

- Fais comme tu veux !

- Ok !

 

* * * * *

 

Lorsque Matthew retourna dans la cuisine quelques minutes plus tard, il eut la surprise de voir que Jessica s’était occupé de tout préparer et qu’elle avait même mis la table. De plus, le sourire qu’elle lui adressa lui montra qu’elle avait tout fait avec plaisir.

- On peut manger ?
Demanda-t-elle en voyant que son grand frère s’asseyait à sa place.

Un hochement de tête lui répondit et elle sortit les pizzas, qu’elle avait préféré finir de cuire au four. Lorsqu’elle les déposa sur la table, l’adolescent eut un sifflement admiratif. En effet, elle n’avait plus rien des pizzas à moindre coût qu’achetait Marianne afin de mettre dans le congélateur pour les « cas d’urgence », comme elle le disait. Jessica avait rajouté des tomates, des olives, du fromage, du jambon, et elle avait même mis un œuf sur chacune. De plus, le tout était bien arrangé, comme les olives par exemple qui formait un cœur sur celle de Matthew et un trèfle sur l’autre.

- C’est très bien, dit alors bien malgré lui le jeune homme une fois que sa petite sœur fut installée.

- C’est vrai ? Merci, répondit-elle en rosissant.

- Mais c’est quoi ça ?
Demanda soudain Matthew en se relevant.

- Heu… j’ai eu quelques problèmes pour les œufs.

Une fois arrivé devant l’évier, l’adolescent fut pris d’une crise de fou rire, bien vite rejoint par Jessica.

Effectivement, celle-ci avait bien eut quelques problèmes au vu de la dizaine d’œufs, complètement écrasés et dont le jaune s’était percé, dans un saladier posé dans levier.

 

* * * * *

 

Ce soir là, pour la première fois depuis bien longtemps, Matthew se coucha vraiment heureux. Cependant, avoir mentit à l’enfant qui faisait tant d’effort pour qu’il se sente bien avec elle, le mettait quelque peu mal à l’aise, mais il chassa rapidement cette idée.

 

* * * * *

 

Samedi de la semaine suivante :

 

L’adolescent, après avoir prévenu qu’il sortait, partit en direction de l’arrêt du bus. Il aurait pu se laisser conduire par Marianne. Celle-ci lui ayant d’ailleurs proposé de l’accompagner, mais il ne tenait pas à devoir parler de sa visite mensuelle à son père avec ses tuteurs. Cependant, ce qu’il ne savait pas, c’est qu’une enfant, ne sachant pas où il allait, et étant de nature très curieuse, avait, ce jour-là, décider de sécher son cours de danse et l’avait suivi discrètement. A présent que le bus démarrait, Jessica se demanda quelle serait la réaction de son grand frère, lorsqu’il s’apercevrait qu’il avait été suivi à son insu. Cependant, elle se justifia en se disant qu’elle ne pouvait pas descendre du bus en marche, et c’est avec un sourire satisfait qu’elle s’assit sur un siège duquel elle pouvait voir l’adolescent : il ne fallait pas qu’elle le perde de vue. De là où elle était, elle le voyait très bien et savait que lui, par contre, ne la remarquerait très certainement pas. Le fixant, elle trouva que Matthew avait l’air vraiment très mal. Ses épaules étaient baissées et son visage dégageait une grande souffrance. Elle se demanda pourquoi et sentit un pincement au cœur en se rendant compte qu’il ne le lui dirait sans doute jamais… il était évident que le jeune homme ne l’appréciait pas… ni elle, ni ses parents, d’ailleurs.

Environ une heure plus tard, l’adolescent descendit du bus. Jessica, qui s’était laissée bercer par le rythme régulier du car s’était légèrement assoupie et ne réagit qu’au dernier moment. Fort heureusement, le chauffeur la vit se lever précipitamment et de ce fait, attendit plus longtemps avant de refermer les portes.

Une fois dehors, elle entreprit de suivre le jeune homme de loin, mais dut s’arrêter lorsque celui-ci entra dans ce qu’elle aurait pu désigner comme les remparts d’un château fort, si l’inscription « Centre Pénitencier » ne lui avait pas indiqué son erreur. Elle se demanda alors ce qu’il était allé faire à l’intérieur de ces murs.

Une bonne heure plus tard, un homme s’approcha de la fillette. Elle sut qu’elle avait à faire à un policier, au vu de son uniforme.

- Hé bien, que fais-tu ici petite ?

- J’attends mon frère, lui répondit Jessica simplement.

- Ha ? Et où est-il ?

- Il est rentré là tout à l’heure, fit alors l’enfant en désignant l’immense porte d’un geste de main.

- Ha ? Et qu’est-ce qu’il est venu faire ?

- Je ne sais pas… mais j’attends qu’il ressorte. On rentrera ensemble.

Le fonctionnaire s’éloigna, voyant que la fille n’était pas disposée à plus lui parler, mais se dit qu’il fallait qu’il surveille que personne ne vienne l’importuner.

« Elle a de la patience à revendre », si dit-il en voyant qu’une heure plus tard, elle n’avait pas bougé. Il allait retourner vers elle lorsqu’un adolescent sortit et qu’il vit le visage de l’enfant s’illuminer.

- Matthew !!!!

- Jessica ?
S’étonna alors le jeune homme.

La fillette courut vers le garçon mais s’arrêter à quelques mètres de lui, voyant le regard qu’il lui adressait. Celui-ci n’avait rien de très avenant.

- Qu’est-ce que tu fais là ?
Lui demanda-t-il sur un ton de reproche.

- Je… je t’ai suivi…
Fut la réponse qu’il obtint.

- Et ton cours de danse ?

Jessica releva les yeux vers l’adolescent, étonnée. Elle était pourtant persuadé qu’il ne connaissait pas son emploi du temps, et pourtant, il venait de démontrer le contraire.

- Je n’y ai pas été, finit-elle par répondre, plusieurs secondes plus tard.

Matthew ne rajouta pas un mot et se contenta de se rapprocher de Jessica, de lui prendre la main, et de l’entraîner loin de l’endroit où ils étaient.

 

* * * * *

 

Ils firent le trajet du retour sans un mot, assis l’un à côté de l’autre. Jessica se demandait si son grand frère était fâché et si oui, ce qu’il allait faire. Certainement répéter à ses parents qu’elle l’avait suivi. Pourtant, elle devait bien se l’avouer, elle ne regrettait pas son attitude du jour, car sa petite filature, même si en soi, ne lui avait rien appris sur Matthew, lui avait au moins montré que même s’il ne le montrait pas, il s’intéressait au moins un peu, à elle.

- Jess, dit le jeune homme, alors qu’ils venaient de descendre du véhicule.

Pour la deuxième fois la journée, le cœur de l’enfant fit un bon dans sa poitrine. C’était la première fois que le jeune homme l’appelait en utilisant son diminutif.

- Oui ?

- Tu n’aurais pas dû sécher ton cours de danse.

- ?

- Tes parents ne vont pas être contents, et ils auront raison.

- Pourquoi tu dis toujours « tes parents » ? Tu ne nous aimes vraiment pas, hein ?

Matthew fut surpris de l’attitude de la fillette, mais ne dit rien et la laissa le quitter pour rentrer en courant chez elle.

 

* * * * *

 

Seul dans sa chambre, Matthew réfléchissait aux événements de la journée. D’abord, la visite qu’il avait rendue à son père. Lorsque son père l’avait vu, il avait dû le trouver trop en forme, car il s’était appliqué, par des phrases ou commentaires, qui auraient pu passer pour anodins, mais qui, il le savait, ébranlerait le nouveau monde de son fils. L’une des phrases que lui avait dite son père, était : « Qu’est-ce que tu t’imagines ? Tu ne représentes rien pour ces gens ! Les liens du sang, il n’y a que ça de vrai ! ».

- Les liens du sang… il n’y a que ça de vrai…, répéta inconsciemment le jeune homme.

Pourtant, lorsqu’il était ressorti, alors qu’il allait mal, voir Jessica lui avait fait l’effet de la vision d’une fleur, dans un désert aride. Pourtant, il n’avait rien trouvé d’aimable à lui dire, et lui avait parlé de son cours de danse qu’elle avait manqué. Le couple Grava en avait d’ailleurs beaucoup discuté lorsqu’ils s’étaient rendu compte que leur fille avait séché. Alors que la fillette se faisait réprimander, l’adolescent s’était surpris à vouloir la défendre. Cependant, il n’avait rien dit.

- Matthew ? Je peux entrer ?

- Oui Marianne, entre.

- Ho, il y a du progrès ! Je n’ai pas besoin de te rappeler qu’il faut me tutoyer, dit la femme en entrant.

- Je m’habitue, murmura le jeune homme.

- C’est bien ! Je voulais te demander… Comment ça s’est passé avec ton père ?

- Pourquoi tu me demandes ça ?

- Hein ? Comme ça, juste pour savoir, c’est… juste de la curiosité.

- Ca s’est bien passé, mentit le jeune homme, afin de couper court à toute tentative de discussion sur le sujet.

- …

- Qu’est-ce qu’il y a ?

- Jessica m’a demandé pourquoi tu es allé à la prison.
Lui répondit Marianne en se relevant.

- …

- Je ne lui ai pas répondu, rajouta-t-elle en sortant de la chambre.

 

* * * * *

 

- Jess ?

L’interpellée, qui allait rentrer dans sa chambre après avoir pris une douche se retourna pour faire face à Matthew.

- Oui ?

- Je peux entrer ?
Demanda-t-il en indiquant la porte.

- Oui, bien sûr, viens.

Pour la première fois depuis qu’il était là, le jeune homme entra dans la chambre de Jessica. Celle-ci n’était pas excessivement bien rangée, mais elle était tout de même présentable.

- Je vois que tu as plein de posters, lui dit-il en examinant les murs.

- Oui, répondit la fillette en souriant. Maman m’en offre souvent, parce qu’elle sait que ça me fait plaisir. Tu veux que je lui dise que tu en veux pour décorer ta chambre ? On pourrait aller en acheter et on les accrocherait ensemble. Ca te ferait plaisir ?

Plutôt que de lui répondre, l’adolescent se rapprocha d’elle avant de la serrer dans ses bras. Pourquoi ne s’était-il pas rendu compte jusqu’à aujourd’hui combien cette enfant était gentille ?

- Matthew ? Qu’est-ce qu’il y a ?
Demanda la fillette, surprise par l’attitude du jeune homme.

- Merci, lui dit-il simplement.

Jessica était de plus en plus perdue, cependant, elle ne le montra pas et se contenta de passer ses petits bras autour de l’adolescent.

Deux minutes plus tard, Matthew desserra son étreinte et quelques secondes supplémentaires après, Jessica était assise sur son lit, tandis que Matthew avait pris place sur la chaise de son bureau.

- Mon père, commença-t-il.

La fillette lui montra qu’il avait toute son attention, aussi, poursuivit-il :

- Mon père est en prison pour braquage à main armée. Tu sais ce que ça veut dire ?

- Oui, j’ai déjà entendu ça dans des films.

- Depuis toujours, c’est un voleur et je ne l’ai quasiment jamais vu plus de trois mois d’affilés… je pense qu’il a passé plus de temps en prison qu’ailleurs.

- … c’est lui que tu es allé voir ?

- … oui…

Plusieurs minutes s’écoulèrent en silence. Matthew ne savais plus quoi rajouter, et la fillette se demandait si elle devait rajouter quelque chose.

- … et ta maman… ?
Demanda-t-elle finalement, quelques minutes plus tard.

- Elle est morte, lui répondit le jeune homme.

Jessica se mit les mains devant la bouche avant de baisser la tête.

- Je suis désolée…

- Tu n’as pas à l’être… tu n’y es pour rien…

- …

- Allez, je vais te laisser dormir. Reprit le jeune homme en se levant. Bonne nuit, rajouta-t-il en ouvrant la porte.

- Matthew.

- Oui ?

- Je t’aime, lui dit la fillette, un grand sourire aux lèvres.

- …

- …

- … tu sais… le jour où je suis arrivé en retard pour te chercher à l’école.

- Oui, et bien ?

- La vérité, ce n’est pas que j’ai été retardé par mes cours, mais que je t’avais complètement oubliée.

L’adolescent vit les yeux de Jessica se remplir de larmes, cependant, elle ne les laissa pas s’écouler. Elle s’en était doutée, cependant, l’entendre le dire lui faisait tout de même mal.

- Jess…
Il voulait se rattraper, mais ce ne fut pas nécessaire.

- Ca ne change rien à ce que je viens de te dire, lui dit-elle en forçant un sourire, puis, elle se glissa sous sa couette et ferma les yeux.

L’adolescent éteignit alors sa lumière avant de sortir, mais ce n’est pas la direction de sa chambre qu’il prit. Il se dirigea vers la cuisine, où il savait que Marianne se trouverait.

- Matthew ? Tu as besoin de quelque ch… Matthew ???

La femme se précipita vers le jeune homme afin de le prendre dans ses bras. Elle ne comprenait pas ce qui se passait, pourquoi celui-ci pleurait-il ?

- Qu’est-ce que tu as ?
Demanda-t-elle, quelques secondes plus tard.

- C’est… c’est la première fois… la première fois…

- « La première fois » ? Mais de quoi ?

- La première fois… que quelqu’un… que quelqu’un… me dit ça…

- Quoi ?
Murmura la femme, sans cesser de le serrer dans ses bras.

- « Je t’aime »… personne ne me… l’avait jamais… dit…

Madame Grava ne répondit rien mais se sentir révolter par les paroles de l’adolescent. Comment était-il possible que pendant 17 ans de vie, quelqu’un n’ait jamais entendu ces mots que tous parents se devaient de dire à leurs enfants ?

 

* * * * *

 

- Tu dois aller en cours et chez monsieur Armand ! Matthew ! Reviens ici !
Marianne s’énervait mais le jeune homme n’écoutait déjà plus. Il était sortit en claquant la porte derrière lui.

- Qu’est-ce qui lui prend ? Elle n’a pas le droit de me parler comme ça ! Je fais ce que je veux, rageait le jeune homme, furieux contre sa tutrice.

- Salut !

Une voix l’empêcha de continuer et il se retourna.

- Salut, répondit-il en se retournant vers le garçon venant de le saluer.

- Ca va ?

- Est-ce que je t’en pose des questions ?
S’énerva Matthew.

- Je crois que la réponse est « non », dit alors l’autre.

- T’es qui ?
Demanda soudain l’adolescent, sachant qu’il l’avait déjà vu, et même parlé, mais ne pouvant retrouver son prénom.

- Johnny.

- Ha ouais, c’est ça ! Désolé, je ne m’en souvenais pas.

- Je peux savoir ce qui t’arrive ? Tu as l’air furieux.

- Ouais, je suis furieux ! Ma mèr… heu… ma tutrice vient de piquer une crise parce que je ne vais pas en cours.
Matthew, bien qu’il se soit rattrapé avec désinvolture, ne put s’empêcher de se demander ce qui lui avait pris. Comme se faisait-il qu’il ait failli dire « ma mère » ?

- Et alors ? C’est bien je trouve.

- Si tu as l’intention de me dire que c’est bien de se faire engueuler, tu peux aller te faire foutre !

- Quel langage…
Se contenta de répondre Johnny, un sourire aux lèvres.

- Pff…

Matthew s’en alla sans rajouter et un mot de plus, cependant, le « c’est bien » de l’autre l’avait fortement ébranlé. Il fallait qu’il réfléchisse à tout ce qui lui arrivait depuis qu’il était dans cette famille.

 

* * * * *

 

- Matt !!!!!!!

Une fillette, aussi agile qu’un ouistiti se jeta dans les bras du jeune homme.

- Jess ? Qu’est-ce qui t’arrive ?
 « Et puis, c’est quoi cette nouveauté de m’appeler comme ça ? »

- On part en Egypte !!!! C’est super, hein ?

- Heu… ouais, génial ! Tu m’enverras des cartes postales ?

- Hein ? Pourquoi faire ?

- Ben… quand tu seras en Egypte avec tes parents, tu m’écriras ?

- ?

- Tu es calmé ?
Demanda madame Grava en arrivant dans l’entrée.

- Heu… oui…

- Tu as un passeport, j’imagine, reprit la femme.

- Heu… oui, pourquoi ?

- Parce qu’il en faut un pour aller en Egypte.

Une pause de quelques secondes se fit durant laquelle Matthew réalisa ce que voulait dire sa tutrice.

- Je… je viens aussi… ?...

- Evidemment ! Michel et moi économisons depuis deux ans pour se faire un voyage en famille, et qui dit « famille », dit les parents ET les enfants !

- C’est super, hein Matt ?
Reprit la fillette qui s’était tue pendant l’échange.

- … c’est… génial…, murmura l’adolescent.

 

* * * * *

 

Monsieur Armand se demandait s’il ne rêvait pas. Son apprenti, plus absent que présent, était devant lui et s’excusait platement pour toutes ses absences injustifiées.

L’homme adopta un air bourru et lui ordonna de se mettre au travail.

Matthew s’était décidé à changer d’attitude. Ses tuteurs faisaient un sacrifice pour l’emmener lui aussi, et il en était parfaitement conscient. Il fallait donc, qu’à sa manière, il leur fasse plaisir.

 

* * * * *

 

Les vacances allaient bientôt arriver, et Matthew ne pensait plus qu’à celles qu’ils allaient passer en Egypte. Lui qui pensait ne jamais quitter le pays…

- Matt ?

- Oui Jess, qu’est-ce qu’il y a ?

- Tu peux m’accompagner chez Juliette ?

- Maman t’a dit qu’elle ne voulait pas que tu sortes aujourd’hui, lui répondit le jeune homme d’un ton catégorique.

- « Maman » ?
Répéta la fillette.

- Oui, je l’ai entendu te dire…

- Tu as dit « maman » pour parler de maman !
Coupa Jessica, plus heureuse que jamais.

- …

L’enfant repartit vers sa chambre, ayant complètement oublié que l’instant d’avant, elle s’était décidé à aller contre la volonté de sa mère. A présent, ce qu’elle voyait, c’est que pour la première fois, Matthew avait dit « maman » et non pas « ta mère » pour parler de Marianne Grava.

- J’ai dit ‘maman’…
Murmura l’adolescent, toujours debout dans le salon. Cela voulait-il dire qu’il acceptait cette famille comme la sienne ? Pourtant, son père le lui avait dit, il n’y avait que les liens du sang qui valaient quelque chose.

 

* * * * *

 

- Ces vacances vont être inoubliables, j’en suis sûr !
Dit joyeusement Michel Grava alors que toute la petite famille déposait les bagages dans deux chambres d’hôtel du Caire qu’ils avaient louées.

- C’est super, on va dormir ensemble, dit joyeusement Jessica, en désignant la chambre à deux petits lits que Matthew et elle allaient partager durant les quinze jours qui allaient suivre. Le jeune homme lui sourit en réponse. Il était du même avis que monsieur Grava : ils allaient passer des vacances vraiment superbes.

 

* * * * *

 

Le premier soir, la famille s’était endormie rapidement, après avoir fait un petit tour aux abords de l’hôtel et s’être restaurée pour le dîner.

Durant leur deuxième journée, ils avaient visité deux musées et avaient fait une ballade à pied. Le tout avait été très plaisant et enrichissant, mais Matthew était épuisé. Il voulait donc dormir, cependant, Jessica était beaucoup plus résistante que lui, car elle n’avait pas sommeil et voulait parler.

- Ta maman était gentille ?
Demanda-t-elle soudain, alors que Matthew pensait qu’elle avait enfin épuisé tous ses sujets.

- Hein ?

- …

- Je ne m’en souviens pas, finit par répondre l’adolescent. Pourquoi ?

- Je voulais savoir… pour en savoir plus… toi, tu sais tout sur moi… mais moi… je ne sais rien… sur toi…
Dit alors l’enfant à mi-voix.

- Ma vie n’est pas passionnante, tu peux me croire, lui répondit gentiment le jeune homme.

- Mais…

- Mais… je vais te confier un secret…

- Lequel ?
Demanda Jessica, toute contente que Matthew veuille se confier à elle.

- J’ai l’impression… j’ai l’impression de n’avoir commencé à vivre… que depuis que je suis avec vous…

Ca y était, il l’avait dit. Il avait ouvert son cœur, et ces mots reflétaient tout ce qu’il ressentait depuis quelques mois.

Jessica, de son côté, ne comprenait pas vraiment ce que l’adolescent cherchait à lui dire, cependant, elle comprenait bien que c’était positif pour lui, comme pour sa petite famille. Cependant, le jeune homme semblait presque regretter ce qu’il venait de dire. Il avait tellement peur d’être rejeté par sa famille d’accueil… d’autant plus qu’il était parfaitement conscient que trois mois plus tard, il serait majeur. Mais pour l’instant, il ne devait penser qu’à profiter de cette petite sœur qui venait de l’entourer de ses bras, et qui, à présent, s’endormait contre lui.

- Tu es vraiment une petite sœur merveilleuse, murmura-t-il contre l’oreille de l’enfant.

 

Fin du seizième chapitre

A Suivre…

 

 


Chapitre mis en ligne pour la seconde fois, après correction le 31 mars 2015

 

Note de fin de chapitre : Alors ?

 

 

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