Auteur: Naëlle
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naelle@lartisan.net
Titre: Pour l'amour d'un enfant

 

Note : Bonne lecture

 

 

Pour l’amour d’un enfant

(Chapitre 8 : L'histoire de Franck)

 

 

 

- Franck ? Mais, où es-tu ?

Romain venait de recevoir un appel de son ami, et celui-ci ne lui parlait que par demi phrase.

- …

- Franck ! Dis-moi où tu es ?

- …

- Franck !

- … dans le parc…

- Bon, ne bouge pas, je viens te chercher.

Romain sortit de son studio très vite, avant de se rappeler qu’il ne pouvait pas laisser Rémi tout seul. Cependant, vu le peu que lui avait dit Franck au téléphone, il se disait qu’il risquait de le retrouver dans un état de déprime avancé, et il voulait épargner cela à son fils. Mais, il ne savait pas quoi faire. Pourtant, il prit Rémi dans les bras et l’installa dans la voiture avant de démarrer. Tout en conduisant, il se demandait à qui il pourrait bien confier l’enfant lorsque la pensée de demander à Julie lui vint. Elle était d’ailleurs quasiment la seule personne à qui il pouvait demander un tel service, aussi, prit-il son portable et appela t-il la jeune fille. Par chance, celle-ci décrocha tout de suite et après qu’il lui ait fait une explication rapide, elle accepta en lui précisant qu’il n’avait pas à s’inquiéter car sa mère était aide maternelle.

C’est donc plutôt rassuré que Romain confia le petit garçon à Julie, quelques minutes plus tard.

- Sois sage, dit-il à son fils en l’embrassant.

Romain réajusta son rétroviseur une fois rassuré en voyant que Rémi avait l’air de bien accepter d’être dans les bras de quelqu’un d’autre que lui ou Franck.

Une demi heure plus tard, il courait comme un fou dans le parc. Il cherchait Franck, mais ne le trouvait nulle part. Il faillit abandonner lorsqu’il le vit enfin. Assis contre une cabine téléphonique, c’était bien son ami. Romain se précipita près de lui.

- Franck…

- … Romain ?
Le jeune homme venait de relever la tête vers son ami.

- Oui, c’est moi. Viens, relève-toi. Tu ne peux pas rester ici.

- … Je… je ne veux pas bouger…
Des larmes inondèrent le visage de Franck.

- Franck ! Relève-toi tout de suite !

- … Pourquoi tu cries ?... Tu vois ?... Personne ne m’aimes… De toute façon… qui voudrait aimer quelqu’un comme moi ?...

Romain, qui s’était relevé se r’accroupit près de Franck et lui redemanda une nouvelle fois de se relever. Cependant, son ami continua sur sa lancée et ne cessait de dire qu’il ne méritait pas d’être aimé et qu’il avait déçu tout le monde… N’y tenant plus, Romain attrapa Franck par un bras et l’obligea sans aucun ménagement à se relever. Ce dernier tenta de protester faiblement, cependant, au fond de lui, il était heureux de la réaction de son ami. Une fois à la voiture, Franck tenta pourtant de se dégager :

- Laisse-moi ici…

Romain n’écouta même pas et obligea son ami à monter.

- Et maintenant, je ne veux plus t’entendre !

Non, Romain ne voulait plus rien entendre pendant qu’il conduirait. Il avait tellement de mal à croire que c’était bien Franck qu’il venait de « récupérer » dans le parc. Franck qui semblait toujours si joyeux. Bien sûr, il l’avait déjà vu malheureux, mais pas comme ce jour-là.

Une fois dans le studio de Romain, Franck s’assit sur un fauteuil avec dans l’idée de ne plus dire un mot de la journée. Mais, son ami en avait décidé autrement et il venait de s’asseoir sur une chaise, face à lui.

- Et maintenant, je t’écoute.

- …

- Dis-moi ce qui se passe !

- …

- Franck… nous sommes amis… on peut tout dire à ses amis…

- « Ses amis » ? Mais moi, je n’ai que toi.

- C’est déjà pas mal. Romain eut un sourire et fut ravi de voir qu’il avait réussi à en arracher un à son ami.

- C’est vrai…

- Maintenant, je t’écoute.

- Emilie… ma sœur me déteste… Franck se mit une nouvelle fois à pleurer.

- Franck…

Le jeune homme se leva et s’avança vers la porte.

- Où vas-tu ?
Lui demanda alors Romain.

- Je te laisse… il n’y a aucune raison pour que tu…

Romain se redressa et ramena gentiment son ami vers le fauteuil.

- Je suis ton ami, et je t’écoute. Vas-y, dis-moi tout.

- … non…

- Si ! Franck… je n’aime pas te voir comme ça.

- Pourquoi ? Parce qu’en temps normal tu m’aimes ?

Franck se mis à rire.

- Franck ! Ca suffit ! Je ne dirais pas que nous sommes amis si je ne t’aimais pas !

- Merci…

- Mais ne te méprends pas, je…

- Moi non plus… je ne suis pas amoureux de toi.

- Nous sommes d’accord.

- …

- …

- Quand mes parents sont morts, c’est ma sœur, Emilie, qui nous a élevé. Elle s’est occupée de nous avec son petit ami. Elle n’avait que 14 ans et lui, il en avait 16. Nous avions un oncle très riche qui nous envoyait de l’argent tous les mois, mais il avait clairement dit qu’il ne voulait pas entendre parler de nous. Emilie était tout pour nous. Elle était un substitue de notre mère morte. Je ne cessais de l’aimer et de l’admirer. Elle avait tout : elle était belle, douce et intelligente. Je ne pense pas qu’il puisse exister d’autres femmes aussi parfaites qu’elle…

- …

- … et Roland… quand j’étais petit, je ne me rendais pas compte de tout ce qu’il faisait pour nous. Je ne compte plus le nombre de fois où il est venu nous aider pour nos devoirs le soir. Il était toujours très gentil, toujours à prendre Emilie en exemple, dire qu’il n’existait personne d’aussi bien qu’elle… quelque part, j’étais jaloux, parce que je trouvais qu’ils étaient trop proches, mais je l’aimais quand même beaucoup.

- …

- Plus le temps passait et plus mon admiration pour Emilie grandissait. Je pensais qu’il ne pourrait jamais rien lui arriver…

- Franck…

- Mais… elle venait d’avoir son bac et pour l’occasion, Roland l’avait invité au restaurant. Normalement, ils nous emmenaient avec eux, mais ce jour là, Roland voulait demander à ma sœur de l’épouser…

- …

- Dans la nuit, la fille qui nous gardait est venue me réveiller parce que c’était moi le plus grand. Elle m’a annoncé qu’Emilie et Roland avaient eu un accident de voiture… comme papa et maman…

- Franck… tu…

- Emile et Roland sont tombés dans un état léthargique et les médecins nous avaient dit qu’il n’y avait quasiment aucune chance qu’ils se réveillent. Quand j’ai réellement compris qu’Emilie ne pourrait plus s’occuper de nous, et surtout, quand j’ai vu comme les autres avaient besoin d’elle, je… je suis allé dans sa chambre. J’ai ouvert tous les tiroirs… et j’ai enfilé le premier vêtement lui appartenant.

- Tu as mes les vêtements de ta sœur ?

- Oui… j’avais 8 ans…

- …

- Mes frères et sœurs n’ont pas eu l’air de trouver ça bizarre, au contraire, j’avais l’impression que plus je ressemblais à Emile plus ils étaient rassuré. Pendant sept ans, j’ai porté des vêtements très féminins… j’ai même très souvent porté des robes… tous les objets de maquillage de ma sœur, je les ai utilisé, et quand il n’y en avait plus, j’en rachetais.

Romain regardait son ami sans savoir quoi dire. S’il avait l’habitude de lui demander de se taire car il le trouvait trop bavard, jamais celui-ci ne lui avait fait de telles confidences.

- Franck… tu n’es pas obligé de tout me dire d’un coup.
Lui dit-il alors, voyant que le jeune homme était de nouveau au bord des larmes.

- … j’ai envie de tout te raconter. Je peux ?

- Oui, vas-y.

- Quand j’ai eu 15 ans, j’étais en cours quand la directrice est arrivée en me disant que j’avais un appel de l’hôpital. Autant te dire que j’ai crains le pire. Mais en fait, c’était pour m’annoncer qu’ils avaient enfin trouvé le moyen de réveiller ma sœur et Roland… Roland ne s’est réveillé que cinq mois après Emilie. J’ai couru à l’hôpital et j’ai téléphoné de là-bas à mon frère et mes deux sœurs pour qu’ils me rejoignent. Elle s’est réveillée deux jours plus tard. J’ai cru que mon cœur allait exploser de joie quand j’ai vu ses yeux s’ouvrir…

Franck se mis une nouvelle fois à pleurer silencieusement, la tête baissée.

- Franck…

- … quand… Quand elle a vu ce que j’étais devenu… elle… elle s’est mise à crier que ce n’était pas possible… qu’elle aurait mieux fait de ne pas se réveiller… que…

- …

- Après ça, elle m’a clairement fait sentir que ma présence était indésirable à la maison… et un jour, alors que j’étais en train d’aider les jumeaux à faire leurs devoirs… elle est entré dans une rage folle… elle… elle m’a frappé en me demandant si je voulais tant que ça que les autres prennent exemple sur moi… Elle ne m’avait jamais frappé avant ce jour là… ça a été la seule fois… Après ça, elle a éloigné mes sœurs et mon frère de moi… de toute façon, à partir de ce jour, j’ai pris l’habitude de rentrer quand tout le monde dort…

- Ta sœur est…

- Je ne veux pas que tu dises du mal d’elle…

- ?

- Je l’aime toujours autant qu’avant… et elle a surtout cherché à protéger mes petites sœurs et mon petit frère…

- … et Roland ?

- Je crois qu’elle lui a dit que je faisais mes études à l’étranger…

- … je ne sais pas quoi te dire…

- Heureusement que tu ne m’as pas rencontré à cette époque.

- ? Pourquoi ?

- Parce que vu comme tu avais l’air de peu apprécier mes tenues vestimentaires, imagines si tu m’avais vu en robe.

Romain sourit en imaginant sa réaction.

- Tu sais, reprit Franck, quand je suis revenu chez toi la dernière fois…

- Oui ?

- J’avais rencontré Emilie… mais elle ne savait pas que j’avais changé… et… elle ne m’a pas reconnu…

- … je suis désolé…

- Romain.

- Oui ?

- Je te remercie.

- Pourquoi ?

- Pour tout. Pour être mon ami, pour toujours me dire ce que tu penses, pour m’avoir donné une chance, et aussi parce que c’est grâce à toi que les gens se retournent moins sur moi dans la rue.

- Ca me gêne un peu que tu me remercies pour ça… surtout quand je pense à la façon dont je t’ai traité au début… et même maintenant, il m’arrive souvent de mal te traiter.

- C’est ton caractère… on fait avec.

Les deux amis se sourirent.

A présent que Franck avait finit de se confier, les deux jeunes hommes ne savaient plus trop quoi faire.

- Au fait, où est Rémi ?
Demanda Franck.

- Je l’ai confié à Julie.

- Julie ? La fille qui s’assied toujours à côté de toi ?

- Oui.

- Ce n’est pas la petite amie de Matthew ?

- Si. Mais dis donc, tu sais tout.

- Tu peux me croire, il y a certaines rumeurs dont je me passerais bien.

- Genre ?

- …

- Dis-moi !

- …

- Franck !
Romain s’amusait à insister.

- « Franck doit vraiment être un super coup pour que Romain accepte de le garder aussi longtemps ».

Franck s’attendait à ce que son ami soit furieux, mais c’est un éclat de rire qui répondit à ce qu’il venait de dire.

- J’avais raison, les rumeurs, on ne peut pas s’y fier.
Dit-il alors entre deux éclats de rire.

- Ca te fait rire ? Je ne trouve pas ça drôle.

- Ca ne me dérange pas plus que ça.

 

* * * * *

 

Rémi avait l’air de s’être habitué aux bras de Julie, car lorsque Romain et Franck étaient allés le chercher, celui-ci avait refusé de rentrer. Romain avait alors sourit, l’avait embrassé, et après s’être bien assuré que ça ne dérangeait pas la jeune femme de s’en occuper pour la nuit, Franck et lui était repartit.

Ce soir-là, Franck dormit chez Romain. Il s’installa sur le canapé et Romain sur son lit. Quelques minutes plus tard, Franck appela doucement :

- Romain ?

- Oui ?

- C’est vrai que ça t’embêterais que je ratte mon année ?

- Oui, beaucoup. J’aime beaucoup cette vie et j’aimerais que ça dure.

- Je ferai de mon mieux pour réussir, tu as ma parole. Je le ferais pour toi.

- …

- Qu’est-ce qu’il y a ?

- Rien, c’est juste que ça me fait bizarre que tu dises que tu le feras pour moi.

- Je ne le ferais pas pour moi, alors je le ferais pour toi… et aussi pour Rémi.

- D’accord.

- Romain.

- Oui ?

- Quoiqu’il arrive, je voudrais que notre amitié ne se brise jamais.

- Pourquoi voudrais-tu qu’elle se brise ?

- Nous sommes encore jeune… nous vivrons chacun des choses de notre côté.

- …

- Les événements de nos vies respectives risquent de nous éloigner l’un de l’autre.

- …

- …

- Ne t’inquiète pas, tu resteras toujours mon ami.

- Tu crois ?

- Je te donne ma parole. Quoi qu’ils puissent arriver. Tu resteras toujours mon ami.

- Merci…

- …

- Je n’ai jamais eu d’ami comme toi… et aucun ne prendra ta place.

Romain sourit sans savoir que Franck avait lui aussi un sourire aux lèvres.

Ils étaient encore très jeunes, beaucoup d’épreuves dans la vie les attendaient, mais il n’en doutait pas, leur amitié serait éternelle.

 

Fin du huitième chapitre

A Suivre…

 

Chapitre commencé le 13 octobre et achevé le 16 octobre 2003
Chapitre mis en ligne pour la seconde fois, après correction le 05 mai 2011

 

Note de fin de chapitre : Alors ? Avez-vous apprécié la vie de Franck ? J'espère que vous n'avez pas été trop déçu et qu'elle correspondait à vos attentes. On se dit à demain pour la suite !

 

 

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Chapitre 9

 

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