Auteur: Naëlle
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naelle@lartisan.net
Titre: Pour l'amour d'un enfant

 

Note : Bonne lecture, en espérant que vous aimez toujours autant :)

 

 

Pour l’amour d’un enfant

(Chapitre 7 : Première phrase)

 

 

 

- Ce n’est donc pas le tien, Julie avait raison.

- Je suis son tuteur légal… c’est mon fils !

Matthew ne dit rien et continua à avancer, suivit par Romain. Lorsqu’ils passèrent devant un bar, Matthew se retourna et demanda :

- Je t’offre un verre ?

- Si tu veux.

Tous deux s’installèrent à une table extérieure et Matthew fit signe à une serveuse.

- Vous désirez ?
Demanda cette dernière.

- Une bière pour moi, répondit Matthew, et toi ?
Rajouta t-il en regardant Romain.

- Un coca.

- Bien, je vous apporte ça tout de suite.

- « Un coca » ? Répéta le petit ami de Julie. Ne me dis pas que tu ne bois pas d’alcool.

- Si, mais je dois conduire tout à l’heure.

- Ha ? Tu vas quelque part ?

- Oui, je rentre chez moi pour le week-end.

- C’est loin ?

- Deux heures et demi d’ici en voiture.

- Et, tu y vas seul ? Ou Franck t’accompagne ?

- Que veux-tu savoir ?

- Pas grand-chose, je me renseigne, c’est tout.

- Ha oui ? Tu te renseignes ? Mais ma vie privée ne regarde que moi ! Et ce que je fais ne te concerne absolument pas !

Romain venait de se lever et s’apprêtait à partir lorsque la serveuse revint avec leurs boissons et le dévisagea avant de demander :

- Un problème, monsieur ?

- Non, aucun, répondit agressivement le jeune homme en se rasseyant.

- A la tienne.
Matthew leva son verre rempli de bière, un sourire amusé aux lèvres.

- Je peux savoir ce qui te fait marrer ? Si tu me sors encore ta connerie de princesse et…

- Ce n’était pas mon intention, le rassura son vis-à-vis.

- Alors ?

- Je pense juste que Franck a de la chance d’avoir un ami comme toi.

- Je ne vois pas…

- Ho, je ne dis pas ça pour aujourd’hui. Mais j’ai constaté que tu avais un très grand sens de l’amitié, pour peu qu’on ait pu atteindre ton cœur.

- …

- Ca doit quand même pas mal le changer.

- Qui ça ?

- Franck. De qui parlons-nous ?

- Je ne comprends pas pourquoi tu dis ça.

- Tu vas rire, mais ma sœur a une très bonne amie qui passe pas mal de temps à la maison.

- Et ?

- C’est l’une des petites sœurs de Franck.

- …

- Mais, je viens tout juste de faire le rapprochement. Il faut dire qu’en général, elle omet de parler de lui.

- Pourquoi ?

- Aucune idée. Demande lui.

- …

- En tout cas, visiblement, ce n’est pas la grande joie avec sa famille… remarque, ce n’est pas très étonnant.

Romain se leva, furieux et, juste après avoir adressé un rapide « merci pour le coca », partit sans un regard en arrière.

Resté seul, Matthew s’insurgea. Comment avait-il pu laisser cette phrase lui échapper. Lui qui voulait réparer son erreur du magasin afin de faire plaisir à Julie, il venait de rater encore une occasion de se taire.

 

* * * * * 

Romain vérifia une dernière fois que Rémi était bien installé avant de démarrer. Sur la route, il eut tout le loisir de repenser à ce que lui avait dit Matthew. Il se rendait compte à présent que ce n’était pas tellement l’allusion aux préférences de son ami qui l’avait mis hors de lui, mais plutôt de nouveau cette sensation de ne rien savoir de la vie de Franck. Il lui en voulait de ne rien lui dire. Il s’était rendu compte à de nombreuses reprises que le sourire de son ami n’était souvent qu’une façade et qu’il gardait en lui ses peines.

- Papa… papa…
L’enfant commençait à sangloter.

- Qu’est-ce qu’il y a Rémi ?
Romain se stationna sur une aire de repos et descendit de la voiture afin de passer à l’arrière pour voir ce qu’avait son fils.

- Papa… papa… papa…
L’enfant s’agitait et tendait ses bras en direction de Romain. Celui-ci le prit avant de l’embrasser sur la joue. Mais alors que ses lèvres touchaient la peau de l’enfant, il se rendit compte qu’il était brûlant.

- Merde… il a de la fièvre…

Romain prit son GSM et composa le numéro de sa mère.

- Allo ?

- Maman, c’est moi.

- Romain ? Que se passe t-il ?
Demanda la femme en entendant de la crainte dans la voix de son fils.

- Rémi est malade, il a de la fièvre.

- Où es-tu ?
Demanda t-elle le plus posément possible.

- Sur la route. Je suis à une demi heure de la maison.

- Alors, calme-toi, reprends le volant et viens. J’appelle le médecin.

- Mais…

- Romain, calme-toi et viens.
Répéta-t-elle.

- Oui… j’arrive… A tout à l’heure…
Répondit le jeune homme d’une voix morne.

Il raccrocha et réinstalla Rémi les mains tremblantes. Jusqu’alors, Rémi n’avait jamais été malade. Les seules fois où le médecin avait vu Rémi, cela avait été pour ses rappels de vaccins. Aujourd’hui, Romain était complètement perdu. Cependant, il finit par se calmer, embrassa une nouvelle fois l’enfant en pleurs tout en le rassurant :

- Ne t’inquiète pas chéri… tu seras vite guéri… Mamy va faire venir le docteur… Rémi…

Romain se rassit derrière son volant et démarra en trombe après avoir attaché sa ceinture. Pendant toute la demi heure durant laquelle il dut conduire en entendant les pleurs du petit garçon, Romain ne put s’empêcher de se demander ce qu’il deviendrait s’il venait à le perdre. A n’en pas douter, il n’y survivrait pas. Il avait besoin de cet enfant pour vivre. Non, rectifia t-il, ce petit être était devenu sa raison de vivre. Il se l’était déjà souvent dit, cependant, ce jour là, il se rendait réellement compte que c’était la vérité.

Lorsqu’il arriva finalement chez lui, le médecin de famille était déjà dans la maison, une tasse de café à la main. Rémi, dans ses bras s’était légèrement calmé, car rassuré contre son père.

 

* * * * *

 

- Maman ! Arrête de sourire bêtement ! T’es fatigante.

Loin de s’offusquer, madame Jouvenel se mit à rire.

- Maman !!!!

- Excuse-moi, mais je ne t’avais jamais vu comme ça.

- Pff…

- Tu avais l’air tellement bouleversé.

- On voit bien que ce n’est pas à toi que s’est arrivé.

La mère de Romain fut prise d’un nouveau fou rire.

- Je peux savoir ce qu’il y a de si drôle ?

- Romain, je te signale que je suis ta mère, alors les angoisses de parents, je connais.

- …

La femme sourit à son fils et pour la première fois depuis qu’il venait d’arriver, il fit de même.

- N’empêche, je me suis beaucoup inquiété moi.
Reprit-il.

- Si tu n’avais pas été inquiet, c’est là que ça aurait été inquiétant. Mais à présent, tu peux être rassuré, le médecin a dit que ce n’était pas grave.

- Oui.  

* * * * *

 

Franck regardait les enfants jouer d’un regard absent. Il regrettait un peu que Romain ne lui ait pas proposé de passer le week-end chez lui. Il aurait bien aimé pouvoir s’occuper de Rémi et revoir la mère de son ami. Soudain, une petite fille tomba devant lui, mais avant même qu’il n’ait pu l’aider, un garçon arriva pour la relever. « Son frère, sans doute », pensa le jeune homme en se dirigeant vers la sortie du parc. Les voir ensemble l’avait ramené loin en arrière : à une époque où ses petits frère et sœurs ne se souciaient pas de son apparence. Mais tout cela lui semblait si lointain à présent…

 

* * * * *

La nuit était déjà tombée lorsque Franck rentra chez lui et se glissa discrètement dans sa chambre. Nul n’aurait pu dire s’il vivait encore dans cette grande maison, ou non.

Il s’allongea sur son lit, regarda la photo sur sa table de chevet et s’endormit, les yeux rivé sur ce qu’il appelait lui-même « le passé ».

 

* * * * *

 

- Comment va Rémi ?
Demanda madame Jouvenel alors que son fils entrait dans la cuisine pour prendre son dîner avec elle.

- La fièvre est presque entièrement tombée, et là, il dort.

- Tant mieux.

- Heu… maman…

- Oui ?

- Tu crois que c’est normal qu’il ne dise rien du tout à part ‘papa’ ?

- Certains enfants ne parlent que très tard.

- Mais…

- Ne t’inquiète donc pas, il parlera dans pas longtemps, j’en suis sûre.
La femme adressa un sourire rassurant à Romain avant de le servir en potage.

- Je me demande ce que fait Franck.
Dit Romain en portant une cuillère à sa bouche.

- Il doit sans doute faire la même chose que nous, et manger.

- Oui… sûrement…

- Tu as l’air de t’être beaucoup attaché à lui.

- J’en ai bien l’impression aussi… Pourtant, au début, je n’arrivais pas à le supporter.

Madame Jouvenel sourit tendrement à son fils.

 

* * * * *

 

- Alors ? Tu as passé un bon week-end ? Comment va ta mère ? Et les cours, c’était bien aujourd’hui ?

Franck noyait de questions son ami venant de rentrer de la faculté.

- Heu… Franck… Du calme.
Répondit-il en riant.

- Désolé.

Romain le rassura d’un sourire. Il n’avait pas envie que Franck déprime simplement parce qu’il lui avait répondu d’une façon qui aurait pu le blesser.

- J’ai préparé le repas. Reprit alors Franck. On peut manger ensemble ?

- Si tu veux.

Romain posa ses affaires et alla embrasser Rémi qui ne cessait de l’appeler de sa petite voix infantile.

 

* * * * * 

- Attends.

Franck revint s’asseoir à la petite table.

- Oui ?

- Laisse la vaisselle, je la ferais tout à l’heure ou demain.

- ?

- Il faut qu’on discute.

- ???

- Quand c’est toi qui vas en cours, à chaque fois que tu viens chez moi, tu m’emmènes toujours tes cours que tu as photocopiés.

- … oui, et alors ?

- Et toi ? Quelqu’un te passe les cours qu’il te manque ?

- Heu…

- Réponds-moi !

- Je… ne t’inquiète pas, je vais me débrouiller.

- Franck ! Nous n’avons même pas un mois et demi avant nos examens !

- Je sais, mais…

- A partir de demain, on va réviser ensemble.

- Quoi ?

- Tu ne veux pas ?

- Si, mais… je…

- Demain, tu n’auras cours que jusqu’à midi. Alors je t’attendrai pour manger, et après, on travaillera.

- … d’accord…

- Alors, à demain Franck.

 

* * * * *

Le lendemain, Franck mangea avec Romain et eut la surprise de voir que celui-ci avait fait des photocopies de tous ses cours afin de les lui donner.

- Merci…
Lui dit-il lorsque son ami les lui tendit.

- Et maintenant, au travail !
Annonça Romain.

- Mais… heu…

- Quoi ? Je veux voir si tu y arrives vraiment tout seul, et surtout si tu vas pouvoir passer en année supérieure.

 

* * * * *

 

Depuis plus de deux heures, Romain ne faisait que constater que son ami ne savait strictement rien.

- Franck… comment tu vas faire ? Tu n’arriveras jamais à réussir…

- Mais, ce n’est pas grave, répondit ce dernier.

- « Pas grave » ??? Mais…

- Tout le monde se moque que je réussisse ou non.

- Je ne sais pas qui est ce « tout le monde », mais une chose est sûre, je n’en fais pas partie ! Je veux que tu réussisses.

- Je…

- Je veux qu’on puisse continuer à s’occuper de Rémi à tour de rôle, que…

- Romain…

- Alors, s’il te plait, ne me laisse pas.

- S’il te plait, ne me laisse pas…

Une voix fit écho à celle de Romain et les deux amis se retournèrent vers le petit garçon qu’ils pensaient endormi. Celui-ci regardait Franck dans les yeux et répéta une nouvelle fois la même chose :

- S’il te plait, ne me laisse pas.

- Rémi…

Franck prit l’enfant dans ses bras avant de le serrer à l’en étouffer.

- Rémi… parle…
Finit par articuler Romain, plusieurs minutes plus tard.

Franck relâcha un peu son étreinte de l’enfant en réalisant, qu’effectivement, l’enfant venait de parler. Il venait de faire une phrase complète.

- C’est merveilleux…
Romain était en admiration devant le petit garçon et le prit des bras de Franck pour pouvoir l’avoir tout contre lui.

- Rémi… tu parles…

- Papa… pourquoi tu pleures ?

Franck ne put s’empêcher de rire. Le tableau s’offrant à lui était, certes, très tendre, cependant, voir Romain pleurer car son fils venait de faire sa première phrase était assez inattendu. Cependant, il ne manqua pas de s’étonner en voyant que Rémi savait faire des phrases construites et juste alors qu’il parlait pour la première fois.

 

* * * * *

- Où est Franck ?

- Je ne sais pas.
Répondit Romain à Rémi après quelques secondes d’étonnement. En effet, l’enfant parlait réellement depuis une semaine et Romain était toujours aussi impressionné. Bien sûr, le petit garçon ne faisait que des phrases courtes et s’amusait souvent à répéter ce que disait son père, mais tout de même, c’était impressionnant.

 

* * * * *

 

Franck avança difficilement vers le téléphone. Depuis la veille, il était malade et sa fièvre gênait ses mouvements. Cependant, il ne pouvait pas ne pas prévenir Romain qu’il serait dans l’incapacité de venir s’occuper de Rémi. Il prit donc le combiné et composa le numéro de son ami.

- Allo ?

- Romain, c’est moi.

- Ha, Franck, je commençais à m’inquiéter.

- Je suis désolé. Je suis malade et…
La fin de sa phrase mourut dans sa gorge.

En face de lui, Emilie, sa sœur, le regardait, comme si elle cherchait quelque chose dans sa propre mémoire.

- Emilie…

La femme debout face à lui, lui lança un regard qu’il ne sut comment déchiffrer, mais cela n’avait pas l’air très bon. Il voulut dire autre chose, mais Emilie s’avança et lui dit, sans aucune chaleur dans la voix :

- J’ai besoin de téléphoner !

Franck la regarda un instant sans comprendre. Il y avait si longtemps qu’elle ne s’était plus adressée à lui…

- Oui… bien sûr, répondit-il finalement en raccrochant le téléphone, sans même penser que Romain était toujours en ligne.

L’aînée de la famille s’installa confortablement dans un fauteuil avant de composer le numéro de son fiancé.

- Qu’est-ce que tu veux ?
Demanda t-elle cependant en s’apercevant que Franck était toujours dans la pièce et que son regard était rivé sur elle.

- Rien… excuse-moi.

Emilie suivit la silhouette de son frère alors qu’il sortait du salon. Elle allait rajouter quelque chose, mais le « allo » de son interlocuteur lui rappela qu’elle était au téléphone.

Franck allait remonter les escaliers devant le mener à sa chambre, cependant, il changea d’avis. L’attitude de sa sœur à son égard l’avait une nouvelle fois blessée au plus profond de son être.

 

Fin du septième chapitre

A Suivre…

 

Chapitre commencé le 27 septembre et achevé le 13 octobre 2003
Chapitre mis en ligne pour la seconde fois, après correction le 05 mai 2011

 

Note de fin de chapitre : Perso, je me souviens que j'avais beaucoup aimer écrire ce passage où Rémi parle vraiment pour la première fois. Et pour ceux que ça surprendrait, sachez que j'ai fait quelque chose du même genre. Mes parents m'ont raconté que je me contentais de "gazouiller" et qu'un jour, j'ai fait une phrase complète et depuis, je n'ai plus arrêté de parler... et ça continue encore aujourd'hui (lol). Le prochain chapitre : l'histoire de Franck.

 

 

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Chapitre 8

 

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