Auteur: Naëlle
Titre: Günther et Feder, l'oiseau aux milles couleurs
Genre : Amitié, aventure, drame, guerre.

 

Note : Voici une nouvelle histoire en quatre partie. J'espère qu'elle vous plaira et que vous me ferez part de vos impressions. C'est vrai, c'est très démoralisant de ne pas savoir ce que les lecteurs pensent des histoires des auteurs. Et là, je parle au nom de tous les auteurs.

Ha, pour ceux qui suivent "pour l'amour d'un enfant", l'histoire est repartie... comme quoi, la patience paye !

Bonne lecture.

 

Günther et Feder, l’oiseau aux milles couleurs

 

Première partie

 

 

- Il s’est encore endormi avec un livre ?

- Tout à fait. Comme d’habitude.

- Et que lisait-il ce soir ?

- Comme toujours, un recueil de poèmes.

- …

- Qu’y-t-il ?

- Je ne sais pas, je trouve juste cela étrange. Lisiez-vous des poèmes à son âge ?

- Non. Tout comme je ne parlais pas non plus couramment quatre langues. Ne vous inquiétez donc pas ma chère.

La femme se contenta de sourire à son époux sans ajouter un mot.

 

*****

 

Quelques semaines plus tard :

 

- Günther, appela la maîtresse de maison lorsque son fils passa près d’elle.

- Oui mère ?

La femme sourit avant de poursuivre :

- Pour ton anniversaire, ne souhaiterais-tu pas inviter quelques amis ?

- Pas vraiment. Pourquoi cette question ?

- Je me suis dis que tu aurais peut-être envie, pour tes dix ans, d’avoir une fête d’anniversaire différente.

- Pas spécialement mère. Fêter mon anniversaire avec père et vous me semble parfait. D’ailleurs… père sera-t-il là le vingt ?

- Oui. Il m’a promis d’être de retour pour ton anniversaire.

L’enfant eut un sourire et prit congé de sa mère avant de s’installer dans sa chambre et d’ouvrir le dernier ouvrage qu’il s’était fait offrir par son père : un recueil de poèmes de Victor intitulé « Odes et poésies diverses » en version originale. Et comme il en avait l’habitude, il s’endormit, en pleine lecture. Ses rêves seraient alors peuplés de belles phrases.

Lorsque son père était à la maison, c’était lui qui venait le couvrir, lui retirer son ouvrage des mains et plonger sa chambre dans l’obscurité. L’homme faisait tout cela dans le plus grand silence, alors que quand c’était sa mère qui devait le faire, il l’entendait, dans son sommeil, murmurer qu’à son âge, on avait d’autres préoccupations que la poésie. Pourtant, elle ne lui interdisait pas d’en lire ni d’en composer. Elle ne comprenait pas, tout simplement.

 

*****

 

Le vingt au matin, le père de Günther rentra à l’heure du dîner. Son fils, inquiet qu’il n’arrive pas à temps, lui adressa une moue boudeuse qui disparut presque aussitôt lorsque l’homme lui annonça qu’il avait un très beau cadeau pour lui.

- De quoi s’agit-il ?
Demanda l’enfant.

- Ca, mon fils, je ne te le dirai pas. Tu le verras tout à l’heure.

- Père, dites-moi ce que c’est.

- Non.

- Alors donnez-moi un indice. S’agit-il d’un livre de poésies ?

- Non. Tu verras après le repas. Viens allons manger.

Le garçon cacha sa déception : savoir qu’il n’aurait pas une nouvelle œuvre à lire ce soir-là lui déplaisait. Cependant, il ne dit rien. Dans sa famille, on ne faisait pas de caprices, surtout pas pour un cadeau qu’on attendait et qu’on n’aurait pas.

Comme depuis son tout premier anniversaire, il dîna avec ses parents et eux seuls. Tous deux n’ayant plus aucune famille proche et lui, n’ayant jamais eu réellement d’amis, ils n’étaient que trois autour de la table, servis par des domestiques qui n’avaient besoin que d’un geste pour apporter ou emmener les plats. Puis, vint l’heure tant attendue de la remise de son cadeau d’anniversaire. Certain que celui-ci ne lui plairait pas, l’enfant se fit tout de même la promesse de ne rien laisser paraître et de remercier ses parents comme il se devait.

Cependant, lorsque son père sortit de la pièce afin d’aller chercher le présent pour son fils, ce dernier ne put s’empêcher d’être surpris lorsque l’homme déposa sur la table un objet assez haut, recouvert d’un tissu. Pensant que c’était une statue ou quelque chose s’en rapprochant, l’enfant souleva le tissu et là, découvrit ce qu’il qualifierait plus tard de la plus belle créature au monde. Ses yeux s’illuminèrent d’une lueur que ses parents ne lui avaient jamais vue et sans un mot, il enleva entièrement le tissu afin de découvrir une cage dans laquelle se trouvait un oiseau d’une rare beauté.

- Cela fait une semaine que je l’ai. Un marchant l’a ramené de l’un de ses voyages. Malheureusement, malgré ce qu’on raconte, il ne chante pas. Günther ? M’écoutes-tu ?

L’enfant ne parvenait à détacher le regard de l’oiseau et les paroles de son père lui semblaient vraiment lointaines.

- Günther, ton père te parle.

Le garçon fut tiré de sa contemplation et fixa son père.

- Père ?

- Je te disais que d’après ce qu’on raconte, ces oiseaux ont un chant magnifique. Malheureusement, celui-ci ne chante pas.

- Pourquoi ?

- Je l’ignore mon fils. Je dois aussi dire que j’ignore pour quelle raison, il mange à peine.

- Est-il malade ?

- Il n’en a pas l’air.

- …

- Essaye d’en prendre soin, parce que nous aurons du mal à en trouver un autre de cette espèce.

- Vraiment ?

- Oui. D’après le marchand, ce genre d’oiseau vit sur une île unique au monde et là-bas, les autochtones les nomment « les oiseaux aux milles couleurs ».

- Tu n’es donc pas d’ici, dit l’enfant en reportant son attention sur le volatile. Bienvenue en Allemagne alors.

Le couple eut un sourire devant cette phrase tellement enfantine sortant de la bouche de leur fils. Il était rare qu’il réagisse de cette façon. Il était normalement très mature pour son âge et n’avait que peu de réactions d’enfant. Pourtant, face à cet oiseau, le premier animal qui soit vraiment à lui, il leur semblait que c’était bien un petit garçon et non pas un homme dans un corps trop petit. S’abandonnant à la contemplation de son oiseau, Günther termina de manger, puis, prit congé de ses parents, la cage dans les bras.

- Jeune homme, où vas-tu avec ça, demanda la mère.

- Dans ma chambre. Pourquoi ?

- Hors de question. Il y a un endroit beaucoup plus adéquat pour cet oiseau. Nous allons installer sa cage dans la serre. Ainsi, il sera à l’abri des intempéries, ne t’inquiète pas.

- Mais… mère… il va avoir peur tout seul dans une nouvelle maison. Père ?
L’enfant adressa un regard larmoyant à l’homme, mais ce dernier se contenta de rire.

- Il n’y a pas de « mais ». Allons, viens avec moi. Tu vas choisir où l’installer. Et puis, il va aussi falloir lui trouver un nom.

- Il viendra quand je l’appellerai, une fois que je lui en aurai donné un ?

- Ce n’est pas un chien, donc j’en doute. Mais qui peut savoir ?
Répondit simplement la femme avec un sourire tendre.

Finalement obligé d’abandonner son précieux cadeau, Günther alla se coucher mais contrairement à l’habitude, il ne lut aucun poème et s’endormit très tôt, ce soir-là. Cependant, durant la nuit, il se releva, prit une lampe et quitta sa chambre. Sans bruit, il se dirigea vers la serre où l’oiseau ne dormait pas mais regardait un peu partout.

- Tu aimes être ici ?
Demanda l’enfant en s’approchant.

Le volatile tourna la tête vers celui qui venait de parler et le fixa durant de longues secondes.

- Mais… tu n’as rien mangé, rajouta le garçon en désignant la mangeoire dans la cage, qu’il avait rempli de graines, plusieurs heures auparavant.

- Si tu ne manges pas, tu vas mourir.

L’oiseau se contentait de le regarder et lorsque Günther ouvrit la cage pour lui tendre des graines qu’il avait mises dans sa main, il fit mine de ne même pas le remarquer. Mais lorsque l’enfant ressortit la main, l’oiseau profita de cette opportunité pour sortir et vola librement dans la serre.

- Non ! Qu’est-ce que tu fais ? Reviens !

Günther se mit à courir après l’oiseau, et dans leur course-poursuite, ils brisèrent de nombreux pots et firent tomber plusieurs plantes.

Au bout de plusieurs minutes, le garçon s’arrêta et se rendit compte de l’ampleur du désastre. Voyant déjà sa mère le sermonner durant des heures, il s’assit à terre, la tête entre les mains. Finalement, il se demandait s’il était toujours aussi content de son cadeau d’anniversaire.

- Tu n’aimes pas être ici, n’est-ce pas ?
Dit-il soudain à l’adresse de l’oiseau qui s’était perché à quelques mètres de lui. Ce dernier se contenta de le fixer.

- Pourquoi me regardes-tu comme ça ? Qu’est-ce qu’il y a ?

Aucune réaction supplémentaire de l’autre côté.

- Moi… je voulais juste… être ton ami…, murmura Günther en se reprenant la tête entre les mains.

Durant de longues minutes, le silence régna en maître dans la serre, mais cette quiétude fut brisée par l’arriver inopiné d’un serviteur de la maison.

- Mais que s’est-il passé ?

- Arman, dit Günther en se relevant.

- Monsieur, mais que faites-vous là ?

- Je… heu…

- Aucune importance. Retournez-vous coucher.

- Mais…

- N’ayez aucune crainte, je m’occupe de ranger ce… désordre, assura l’homme.

L’enfant le remercia, suivit ses conseils et regagna sa chambre. Il ne se rendit alors pas compte qu’il n’était pas seul et lorsqu’il referma sa porte, et alluma sa lumière, ses yeux rencontrèrent deux billes noires. Face à lui, sur son bureau, l’oiseau le regardait fixement.

- Pourquoi m’avoir suivi ? Que cherches-tu à la fin ?

L’oiseau continua de le fixer, et comprenant que de toute façon, il était impossible qu’un animal réponde à une question, l’enfant éteignit sa lumière, s’installa dans son lit et en oublia presque la présence du volatile dans sa chambre. Et ce n’est qu’à son réveil qu’il se souvint qu’il était là. Lorsqu’il ouvrit les yeux, il rencontra ceux de l’oiseau, qui n’avait pas quitté son bureau.

- Bonjour, dit alors l’enfant en tendant la main vers l’animal. Son geste surprit ce dernier qui s’envola avant de se poser sur l’armoire.

- Tu es bien étrange, dit simplement Günther en se levant.

Puis, tout en s’habillant, il rajouta :

- Au fait, je viens de te trouver un nom. Tu t’appelleras Feder* . Qu’en penses-tu ?… Suis-je bête, tu n’en penses rien, évidemment.

 

*****

 

Günther entra dans sa chambre et eut un sourire en s’apercevant que son oiseau était toujours là, comme chaque jour, posé sur son bureau. Depuis trois semaines que l’animal était entré dans sa vie, l’enfant avait dû beaucoup supplier, mais sa mère avait fini par fléchir et accepter que le volatile reste dans sa chambre, à la seule condition qu’il ne fasse de pas de bêtises. Pourtant, l’animal restait toujours aussi distant et n’acceptait pas de s’approcher de lui-même et le garçon devait faire preuve d’imagination et de ruse lorsqu’il voulait l’attraper.

- Feder, demain, je vais partir quelques jours chez un cousin de ma mère. Tu veux m’accompagner ?

L’oiseau fixa l’enfant et d’un coup d’aile, passa du bureau à l’armoire. Pourtant, le lendemain matin, lorsque l’enfant se réveilla, il trouva l’oiseau installé dans sa cage, posé dans un coin de la chambre.

Regardant l’animal, Günther s’approcha de lui et s’accroupit avant de demander :

- Ca veut dire que tu veux m’accompagner ?

Feder se contenta de le fixer en silence et durant plusieurs minutes, les yeux noirs de l’animal se perdirent dans ceux, bleu azur de l’enfant. Ils seraient sans doute restés dans la même position durant des heures si un domestique n’était pas venu vérifier que le garçon était prêt. Ce dernier se releva, ferma la cage et annonça qu’il serait habillé d’ici quelques minutes.

Une heure plus tard, il s’installa dans l’automobile conduite par son père, la cage de son oiseau sur les genoux.

Lorsqu’il arriva devant la demeure de celui chez qui il passerait dix jours, il ne put s’empêcher de se dire que c’était encore plus grand que chez lui et se demanda vaguement si le propriétaire des lieux ne trouvait pas que c’était trop grand pour lui seul.

Avançant près de ses parents, son précieux oiseau toujours avec lui, Günther vit le maître des lieux venir vers eux. Mais avant même qu’il n’ait pu salué sa cousine, cette dernière lui demanda :

- J’ai ta parole qu’aucune fête n’aura lieu ici ?

- Tu me l’as déjà demandé et je t’ai déjà répondu, il me semble.

- …

- Bonjour ma chère cousine, je suis moi aussi ravi de te revoir, rajouta l’homme, ironique.

Le père de Günther salua l’homme à son tour et après avoir discuté quelques minutes le couple repartit.

L’enfant, toujours un peu intimidé par cet homme qui lui semblait être un puits de connaissance, se contenta de lui adresser un léger sourire.

- Je te fais peur ?
Demanda l’homme en s’accroupissant.

- N… non. C’est juste…

- Oui ?

- C’est juste que… je sais que vous savez tellement de chose. Je me sens vraiment petit par rapport à vous.

Le maître des lieux ne put s’empêcher d’éclater d’un rire franc. Cet enfant, face à lui, disait les choses tellement simplement et avec une telle candeur… Mais réalisant que le garçon semblait vexé par son amusement, il se reprit et lui dit avec douceur :

- J’ai trente ans d’avance sur toi. A mon âge, je gage que tu en sauras bien plus que moi.

- Vous croyez ?

- Oui, bien sûr.

- Je vais tout faire pour devenir comme vous, annonça l’enfant avec conviction.

- … je ne pense pas que ce soit une très bonne idée. Si tu dois choisir un modèle, prend ton père. Lui, c’est un homme comme il en faudrait plus. C’est quelqu’un de vraiment bien.

Günther eut un sourire, heureux d’entendre cet homme si cultivé, faire l’éloge de son père.

 

*****

 

Lorsqu’il était chez le cousin de sa mère, normalement, la première chose que faisait Günther, était d’aller dans la bibliothèque, afin de se choisir un livre de poème. Mais cette fois-ci, il décida d’aller dans les jardins, la cage de son oiseau dans les bras. Le domaine était immense, c’était au moins dix fois plus grand que chez lui. Les jardins étaient fleuris et arborés. Il y avait même deux petits lacs dans lesquels s’amusaient des canards et oies sauvages.

- Qu’en penses-tu Feder ? C’est magnifique, n’est-ce pas ?

L’oiseau regardait partout et s’aperçut soudain que l’enfant venait d’ouvrir la porte de sa cage. D’un coup d’aile rapide, il en sortit et vola vers un arbre avant de s’y poser. Le petit garçon lui adressa un sourire mais il sursauta en entendant la voix de leur hôte.

- Günther ! Mais qu’as-tu fait ? Ton oiseau va s’enfuir.

L’enfant commença par regarder son animal avant de porter son regard vers l’homme et répondre :

- Non, il va revenir.

- …

- Et s’il est plus heureux ici, alors je le laisserai

L’homme se sourit tendrement avant de proposer à son jeune invité de rentrer afin de déjeuner. Et contre toutes attentes, Feder vola jusque dans sa cage.

- On dirait bien que ton jeune ami ne veut pas te quitter, dit le propriétaire des lieux en riant.

Avant de s’installer à table, Günther donna des graines à son oiseau puis, il vint s’asseoir, face à son hôte.

- Qui mange avec vous normalement ?
Demanda candidement l’enfant.

- Je te demande pardon ?
- Alors que vous avez une immense salle à manger, nous déjeunons dans cette petite pièce où il y a deux chaises, qui sont exactement pareilles.

- Que veux-tu dire ?

- La mienne est semblable à la vôtre. Elle n’a pas l’air d’avoir été juste cirée pour moi, alors j’imagine qu’elle est utilisée par quelqu’un.

L’homme eut un sourire mais ne répondit pas à l’enfant. Il se contenta de lui dire de manger avant que le repas ne refroidisse.

Ce soir-là, Günther accepta de laisser son oiseau dans la serre, mais il se releva dans la nuit et alla récupérer la cage. Comme si Feder l’avait pressentit, il ne s’était pas endormi et sortit de la cage pour se percher sur une armoire dès que l’enfant lui eut ouvert.

Dans la nuit, le propriétaire des lieux voulut savoir si son jeune invité était bien endormi et entrouvrit donc la porte puis balaya la chambre avec sa lampe. Un sourire apparut sur son visage face au spectacle s’offrant à son regard : l’enfant, endormi entre les couvertures et son oiseau, installé sur la tête de lit, dormant lui aussi.

« Voilà une bien curieuse amitié », songea l’homme en refermant silencieusement la porte. Il alla ensuite s’asseoir à son bureau et commença un nouveau roman qui ne devait jamais être fini. Dans celui-ci, il parlait de l’amour éphémère d’une femme et un capitaine qui lui, semblait marié à la mer. Il lui sembla, lorsqu’il commença à écrire, entendre le grondement d’une tempête, mais il se dit que c’était certainement son imagination…

En temps normal, sa maison était très animée, mais pour tenir sa promesse faite à sa cousine, la seule personne de sa famille à continuer à le côtoyer, durant dix jours, son domaine serait silencieux et son lit vide.

 

*****

 

- Günther ?

L’enfant releva les yeux vers l’homme et attendit que celui-ci ne parle :

- Pourquoi restes-tu enfermé dans la bibliothèque à lire mon enfant ?

- Mais parce que j’aime lire.

- Je le comprends, mais tu devrais aussi sortir. Viens, rajouta l’homme en tendant la main vers le petit garçon.

- Où allons-nous ?

- Tu verras.

- D’accord. Feder, nous sortons.

L’oiseau qui était perché sur étagère vola en direction de l’enfant et tous trois sortir de la bibliothèque. Le propriétaire des lieux mena Günther dans la foret lui appartenant et se fit un devoir de lui enseigner ce qu’il savait sur les arbres et les petits animaux y vivant. Comme à chaque fois qu’il expliquait quelque chose à l’enfant, il voyait le regard de ce dernier s’illuminer. Nul doute qu’il était, d’une certaine façon, fasciné par son savoir.

- Günther, dit soudain l’homme.

- Oui ?

- Dis-moi, qu’aimerais-tu faire quand tu seras grand ?

- Je n’ai pas encore décidé, répondit simplement l’enfant en jetant un coup d’œil à l’arbre sur lequel Feder s’était perché.

- C’est la première fois que tu me présentes un ami, tu le sais ?

- C’est parce que c’est le premier que j’ai, murmura l’enfant.

- Günther…

- Et vous, me présenterez-vous votre meilleur ami ?
Demanda l’enfant.

L’homme sourit et lui promis que lorsqu’il serait un peu plus grand, il lui présenterait quelqu’un à qui il tenait beaucoup.

- C’est promis ?

- Oui, c’est une promesse, certifia l’homme avant de reprendre ses explications sur le monde de la forêt.

 

*****

 

Lorsque ses parents vinrent le chercher, Günther embrassa son hôte sur la joue, qui le serra tendrement dans ses bras. Ils ignoraient alors que c’était la dernière fois qu’il se voyait.

Trois jours plus tard, un homme arriva chez Günther et il discuta durant près de deux heures avec les parents de ce dernier.

- Que se passe-t-il ?
Demanda l’enfant en voyant ses parents sortirent du bureau, l’air grave.

- Ce n’est rien, rassura la femme en se penchant vers son fils.

- Nous devons sortir. Nous ne serons peut-être pas rentré pour le dîner, alors ne t’inquiète pas, rajouta le père en posant sa main sur la tête du petit garçon.

- Père ? Mère ? Il y a un problème ?

- Non, tout va bien se passer, murmura la femme en embrassant Günther.

Mais malgré les paroles réconfortantes de ses parents, l’enfant savait, au vu de l’air grave et surtout de la venue du serviteur du cousin de sa mère, qu’il venait enfin de reconnaître, que quelque chose était arrivé. Mais sachant qu’il n’aurait certainement pas de réponse, il se contenta de saluer ses parents.

Ce fût dans la nuit que sa vie d’enfant bascula.

Arman, le vieux domestique de la maison vint le réveiller. L’homme ne sut que penser en voyant que l’enfant accusait l’information en se contentant de hocher la tête. Il voulut le prendre dans ses bras, mais le petit garçon se dégagea et lui assura que tout allait bien et qu’il pouvait le laisser. Arman s’exécuta et referma la porte. Une fois seule, Günther laissa couler les larmes qu’il venait de retenir de longues minutes durant. Mais aucun son ne sortait de sa bouche. Il se contentait de pleurer en silence, sachant que de toute façon, il était à présent seul et que personne ne pourrait plus jamais le consoler.

Pourtant, contrairement à ce qu’il pensait, il y avait encore dans ce monde, quelqu’un qui pensait à lui et qui serait à partir de ce jour son seul soutient et celui qui lui apporterait réconfort et amour sans conditions.

Feder se posa sur ses genoux et frotta son petit bec sur les mains de l’enfant. Ce dernier murmura :

- Morts… ils sont morts… tous les deux… je suis seul… je suis… tout seul… Feder… je… je…

Pour la première fois depuis son arrivée dans cette maison, l’oiseau laissa échapper une mélodie. Triste et compatissante, il chanta pour son ami, durant plus d’une heure, jusqu’à celui-ci s’endorme, épuisé d’avoir trop pleuré.

Feder s’installa alors contre la tête de l’enfant et caressa sa joue de son bec.

 

*****

 

- Arman… qu’allez-vous faire… ?

- Ne vous inquiétez pas pour moi. Je vais me chercher un autre emploi. Mais vous, promettez-moi que ça va aller.

L’enfant plaqua un sourire de circonstance sur son visage et assura au vieux domestique que tout irait bien, puis, il monta dans l’automobile venue le chercher, son oiseau dans sa cage contre lui.

Il regarda une dernière fois sa demeure avant de fixer son regard sur la route. Il ignorait dans combien de temps il pourrait revenir, mais il se fit une promesse : ne jamais oublier ce que le vieil homme lui avait confié la veille.

- Vous devez me promettre que ce que je vais vous confier restera un secret.

- C’est promis.

- Vous le savez, vos parents étaient des gens vraiment très bien.

- … je sais…

- Tout le monde vous dira qu’ils sont morts dans un accident de voiture, et d’une certaine façon, c’est la réalité…

- …

- En fait, le cousin de votre mère a été emmené par la police, alors qu’il était à son domicile.

L’enfant avait sentit, pour la deuxième fois depuis quatre jours son monde s’écroulé. En effet, il avait eu l’espoir qu’il serait confié à cet homme, suite au décès de ses parents. Mais ce ne serait sans doute pas le cas.

- Il… il a fait… quelque chose de mal… ?
Avait murmuré l’enfant.

- Non, du moins, pas comme vous l’entendez.

- …

- Vos parents sont donc allés demander des explications et voulaient le récupérer. Malheureusement, cela n’a pas plu à certaines personnes, tout comme leurs idées politiques n’ont jamais été bien vues…

- …

- Günther… quoiqu’il arrive, n’oubliez jamais. Vos parents étaient des gens qui n’avaient pas peur de défendre les causes qu’ils pensaient juste et surtout, souvenez-vous, ils vous aimaient de tout leur cœur.

- …

- Promettez-moi que vous n’oublierez jamais ce que je viens de vous dire.

- … je n’oublierai pas…, promit l’enfant dans un souffle.

Deux jours plus tard, un homme vint voir Arman et lui fit promettre de quitter l’Allemagne au plus vite. Cet homme venait tout juste de perdre quelqu’un qu’il aimait et protéger Arman, un juif, était sans doute la seule chose qu’il pensait devoir faire. Son uniforme, impeccable, avait l’habitude d’impressionner, mais le vieil homme était bien trop âgé pour cela. Arman partirait le jour même et ce fut bien grâce au militaire qu’il aurait la vie sauve alors que tant des siens périraient quelques années plus tard.

 

*****

 

Günther écoutait les instructions d’une tante lointaine qui avait accepté de le recueillir. Elle lui fit d’ailleurs remarquer trois fois en moins de vingt minutes que son époux et elle faisait preuve d’une grande bonté en le prenant chez eux. L’enfant l’avait donc remercié plusieurs fois tout en serrant la cage de son oiseau contre lui. Sentant son trouble, Feder frotta son bec contre ses mains, à travers les barreaux. Mais ce que Günther n’avait pas prévu, c’était que son cousin, attiré par son seul ami, veuille l’avoir. Le petit garçon commença par refuser, mais sa tante, ne supportant pas son caprice, prit la cage et la tendit à son propre fils. Günther ravala ses larmes et les paroles qui lui venaient et accepta la situation.

Une semaine plus tard, alors qu’il s’apprêtait à reprendre le chemin de l’école, il entendit sa nouvelle famille discuter et entendit que Feder refusait de se nourrir. Mais il ne dit rien et alla en cours normalement. Cependant, cette nuit-là, il se releva et se dirigea dans une pièce à l’extérieur, qui servait à entreposer les outils des jardiniers. L’endroit était bien moins joli de décors et agréable de température que les serres de ses parents ou du cousin de sa mère et n’avait, bien entendu, rien à voir avec la chambre qu’ils avaient partagé tous les deux depuis l’arrivée de l’oiseau. Aidé d’une lampe, l’enfant avança vers son ami, enfermé dans sa cage. Effectivement, les graines s’amoncelaient et il ne semblait pas y avoir touché. Le volatil ouvrit les yeux et fixa l’enfant de ses pupilles rondes. Ce dernier, les larmes aux yeux, s’approcha avant de murmurer :

- Feder… il faut que tu manges… si tu meurs toi aussi… alors il ne me restera plus rien… Feder… si tu meurs… je mourrai aussi…

L’oiseau ne comprenait sans doute pas toutes les paroles de son ami humain, mais il ressentait sa détresse.

- Feder, reprit l’enfant. Je vais te faire une promesse. Dès que j’en aurai l’âge, je m’engagerai dans l’armée, ainsi, je pourrai te récupérer. Alors d’ici là, je t’en prie, fais comme moi et accepte de vivre ici. Et après, je te le promets, nous vivrons tous les deux pour toujours. Alors… alors… Feder… accepte de te nourrir… accepte la séparation… elle ne durera pas longtemps, je te le promets…

L’enfant ouvrit la cage, et pour la première fois, l’oiseau accepta de se laisser prendre dans les bras. Günther déposa un baiser sur la tête de l’oiseau avant de le remettre dans sa cage et de lui présenter des graines dans sa main. L’oiseau accepta de manger et recommencerait les jours, les mois et les années suivantes dans l’attente que son ami humain tienne sa promesse et qu’ils quittent tous les deux cette maison.

Comme promis, dès qu’il le put, Günther s’engagea dans l’armée. Lors de son départ, personne ne chercha vraiment à le retenir et il ne prit, comme seul bagage, que son oiseau dans sa cage.

 

Fin de la partie 1/4
A suivre…

 

 

Note de fin de chapitre : Alors ? Qu'en pensez-vous ? Ca vous intéresse de lire la suite ? N'hésitez pas à me faire part de vos impressions.

 

 

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